Georges Dadoun / E.N.S. Louis Lumière

Monsieur DADOUN, vous êtes
Directeur de l’ENSLL depuis maintenant 5 ans, pouvez-vous faire
un point rapide sur le positionnement de l’Ecole en formation
initiale tant au plan français qu’européen ?

Permettez-moi de faire un point
sur l’histoire de l’école. L’école est entrée
dans l’enseignement supérieur il y a 10 ans, elle est
passée brutalement du secondaire au supérieur.
Mon rôle aujourd’hui est de continuer à gérer
ce passage et d’en faire une grande école. Aujourd’hui
la concurrence est grande dans le domaine de la formation, toutes
les universités s’équipent pour le multimédia,
l’image, le son. Si l’école reste isolée dans
ce contexte nous n’avons aucun espoir de développement.
La seule façon de faire grandir l’Ecole est de développer
l’axe de l’enseignement supérieur avec la reconnaissance
du diplôme en tant que MASTAIR, qui est un diplôme
européen. C’est la demande que nous avons faite au ministère
et nous avons de forte chance d’arriver à nos fins.

Pouvez-vous mieux développer
la notion de Mastair ?

Attention, il ne faut pas confondre
Mastair " air " avec master " er ",
le distinguo est très important. Monsieur Allègre
quand il était ministre avait décidé que
tout étudiant à Bac + 5 pouvait obtenir le Mastair
et donc une reconnaissance européenne. Il est évident
que le diplôme de notre école a toute sa valeur,
mais si l’on veut que nos étudiants aillent travailler
ou étudier au-delà de nos frontières, il
faut un diplôme qui soit reconnu partout en Europe.

A quelle échéance ?

Je pense que c’est pour cette
année.

Un autre point me semble essentiel,
le développement de l’axe de la recherche. Au sein de
l’école cela me semble difficile, on n’a pas les infrastructures
et pas non plus assez les enseignants. Donc nous devons absolument
nous ouvrir, nous épanouir avec les autres. A l’échelon
national, en se rapprochant des universités comme le
DESS que nous préparons avec l’université de Marne
la Vallée, en prenant des accords avec la FEMIS, les
Arts et Métiers. A l’échelon international en
créant des liens comme nous le faisons aujourd’hui avec
l’Espagne, le Portugal, la Chine.

Cette reconnaissance que nous
amorçons va permettre une meilleure appréciation
des étudiants, plus le niveau de reconnaissance sera
haut, plus ils trouveront du travail, plus ils seront payés.

Qu’est ce qui se cache
derrière le mot recherche pour vous ?

La recherche s’applique pour
nous sur des sujets traitant bien sûr de l’image et du
son. En troisième année les étudiants doivent
faire un mémoire de recherche, mais il est aujourd ‘hui
un peu limité car nous n’avons pas les infrastructures
nécessaires donc nous devons prendre des partenariats
avec des universités. Encore une fois la confortation
dans l’enseignement supérieur est la survie de l’Ecole.

Parlons un peu de la
concurrence avec les autres Ecoles ?

L’intérêt de l’Ecole
c’est qu’elle associe à la fois les aspects techniques
et artistiques, les autres écoles sont soit artistique,
soit technique. Louis Lumière propose aujourd’hui sur
le monde du travail des étudiants polyvalents et pluridisciplinaires
et c’est une des raisons de la qualité de l’école
et de sa renommée. Nous avons des élèves
qui se destinent à la réalisation alors qu’il
n’y a pas de section réalisation à l’Ecole. Cette
année Cinefondation a nommé un film de l’école
au festival de Cannes.

De quels équipements
techniques dispose l’école tant au niveau de la photo
que du cinéma et du son ?

Les équipements de cette
école étaient relativement désuets. Depuis
quelques temps nous avons introduit le numérique avec
par exemple le montage virtuel tant au niveau du son que de
l’image. Nous avons mis en place des équipements multimédia
pour la production de CD-ROM. Nous avons mis sur pied un cours
spécialisé sur l’image numérique, donc
on est en train de prendre sérieusement le virage du
numérique mais ce n’est pas évident parce que
cela coûte très cher. Je suis actuellement en relation
avec le conseil régional de l’Ile de France pour nous
financer le tout numérique à l’Ecole. Ca veut
dire la création d’un réseau haut débit
entre les écoles permettant à Louis Lumière
de s’y greffer.

Parlons numérique,
mais surtout du cinéma numérique, comment se développe
son enseignement à l’Ecole ?

Au niveau du cinéma numérique
nous nous sommes rapprochés de SONY qui nous prête
le matériel et un de leurs ingénieurs vient former
les étudiants, c’est l’avenir et c’est une approche très
intéressante au niveau des images et des sons.

Il n’est pas question demain
de laisser tomber l’argentique qui a encore de beaux jours à
vivre.

Aujourd’hui et par exemple
pour l’année 2001-2002 quels sont les profils des candidats
qui désirent intégrer l’Ecole ?

Oh, ils sont multiples, à
la fois scientifiques (grandes écoles, fac de sciences)
mais nous rencontrons aussi des philosophes, des gens de lettres.
Donc l’éventail s’ouvre grâce à l’évolution
de l’enseignement qui devient pluridisciplinaire.

L’Ecole a la réputation
d’avoir un concours d’entrée très technique et
quelque part de bloquer les gens qui sont plus littéraires,
qu’en dites-vous ?

C’est vrai le concours a une
dominante technique. Nous y introduisons petit à petit
des éléments artistiques mais nous devons un peu
repenser ce concours, je suis sûr que nous laissons au
bord de la route des gens de talents, mais comment faire autrement
quand on a 600 candidats pour 50 places.

Des bruits courent que
vous avez des problèmes de remplissage avec la section
photo ?

Il y a un réel problème
avec la section photo, il y a de moins en moins de candidats
et cela est dû à une énorme concurrence
qui propose des formations sur 3 ou 6 mois. Dans cette optique
pourquoi s’embêter à faire 3 ans d’études.
C’est à mon avis la seule réponse, je n’en trouve
pas d’autre.

Vous ne pensez pas que
le métier de photographe est en train de profondément
évoluer et que l’arrivée du numérique ouvre
des horizons différents ?

Nous avons une section photo
prise de vues mais aussi une section informatique de l’image,
eh bien là je peux vous dire qu’avant leur troisième
année les élèves ont trouvé du boulot,
là c’est un plus.

Aujourd’hui l’arrivée
du numérique qu’on le veuille ou non oblige les professionnels
de l’audiovisuel, des télécoms, de l’informatique
à travailler ensemble, face à cette constatation
comment réagissez-vous ?

Dans 5 ans les trois sections
photo, ciné et son recevront un enseignement pourvu d’un
large tronc commun, ça c’est inhérent au numérique.
Je pense qu’il va y avoir une évolution dans l’enseignement
notamment grâce à l’arrivée des réseaux
hauts débits.

Comment ont évolué
les enseignants ?

Une grande majorité est
en train de passer le pas du numérique. Les enseignants
se forment petit à petit à cette nouvelle donne,
certains suivent l’évolution, d’autres pas et à
côté de ça il y a tout un staff de nouveaux
enseignants qui arrivent avec des postes de maîtres de
conférences d’universités. Ce sont des gens pointus,
relativement jeunes entre 30 et 40 ans. D’une façon générale
le corps professoral a pour ainsi dire relativement bien évolué.

L’apport d’expériences
extérieures est fondamentale dans une Ecole comme Louis
Lumière, comment ça se passe avec les professionnels ?

Chaque section est régie
par une commission pédagogique qui en fonction des cursus
fait appel à des intervenants extérieurs, environ
40% du corps enseignant sont des professionnels. Je suis fondamentalement
pour l’apport extérieur avec des gens qui vivent les
métiers de l’image et du son au quotidien.

Quelles sont vos relations
avec les autres écoles ?

Avec la FEMIS nous avons un
accord de partenariat sur la construction des décors
pour les cinéastes, nous avons fait le même accord
avec l’école des arts décoratifs de la rue d’Ulm.

Avec la FEMIS nous sommes en
train de mettre en place une " Master Class "
de photographes de plateau, notre partenariat fonctionne très
bien.

Quel message avez-vous
envie de passer ?

Je pense que vous l’association
des anciens vous avez un rôle important à jouer
dans l’enrichissement des programmes éducatifs, il y
a certainement beaucoup de choses que nous ne savons pas et
de ce fait nous passons à côté de pleins
de choses certainement essentielles. Je pense que l’association
à une partie importante à jouer au niveau du cursus
pédagogique. Nous nous entourons de professionnels qui
nous apporte leurs conseils, l’association doit faire pareil.
Il y a quelque chose que nous avons raté et bien raté,
c’est l’enseignement du marketing, il faut apprendre aux élèves
à se vendre.

En terme de communication,
vous communiquez peu, et j’ai même le sentiment que seule
l’AEVLL communique sur l’école, qu’en pensez-vous ?

Il est vrai que nous avons un
certain déficit en terme de communication, ça
toujours été un point faible à l’école.
Quoiqu’il en soit sachez que nous participons à beaucoup
d’événements.

Avec la section photo, nous
couvrons le Festival d’Arles en réalisant tous les jours
un journal. On descend une équipe tous les ans avec un
camion plein de matériel la première semaine de
juillet.

Avec la section Cine, nous avons
lancé avec Marin Karmitz le prix Kieslowski, prix du
court métrage qui devient un incontournable. Marin Karmitz
a créé une société de production
" NADA " uniquement pour ce prix, nous avons
reçu plus de 1200 scénarii. Les premières
sélections se font par les étudiants de Louis
Lumière et ensuite toute la logistique est assurée
par Louis Lumière.

Enfin, avec la section son,
depuis Janvier 2001, France Culture diffuse tous les derniers
dimanche du mois une émission intitulée " les
grandes oreilles " réalisée par les
élèves de Louis Lumière.

Comme vous le voyez, nous avons
de la matière pour communiquer !

 

Propos recueillis par Gilles
FLOURENS