Cet événement datera sans aucun doute la fin d’une époque, mais symbolisera également de manière éclatante l’erreur -mondiale- de casting des dernières années concernant l’opposition argentique-numérique.
Le numérique ne tuera certainement pas la photographie argentique dont les qualités justifieront encore longtemps une utilisation importante dans nombre de domaines, pour des raisons que je développerai ultérieurement.
Le numérique en revanche réussira bien à tuer la photographie à prix bas -qui nécessite du volume de production pour exister-, en raison de l’imbattable gratuité d’un affichage écran pour la majorité d’utilisateurs qui s’en contentent.
Or, le photographe méticuleux sait combien la vie d’une image numérique est éphémère sans d’essentielles, coûteuses et récurrentes précautions de sauvegarde. Le grand public manipule son patrimoine avec la plus grande légèreté et risque fort d’en perdre 90% au bas mot à moyen terme. Le rêve entretenu par les industriels dictera son prix en différé, et l’inéluctable retour aux valeurs sûres des papiers photo argentiques se fera dans la douleur. Le tissu économique s’en va, la recherche effrénée des prix les plus bas pourrait bien engendrer une inflation spécifique jamais vue depuis que la photographie existe. Certes il y aura des grincements de dents et nombre de réticences… qui alimenteront d’autant plus les phénomènes inflationnistes.
Les professionnels ne s’en plaindront pas. Par un phénomène de pénurie des services et de report des activités en cascade, la paupérisation actuelle pourrait bien toucher à sa fin pour les plus sérieux d’entre eux.
En effet, la montée des prix ne pourra se justifier que dans une qualité bien plus optimisée que la réalité d’aujourd’hui, sur des bases techniques, relationnelles et culturelles qui ne s’acquièrent pas en huit jours.


