La ressemblance de la photographie avec le réel ne la condamne pas au caractère documentaire. Au contraire, elle peut en faire un support d’affabulation particulièrement efficace. Comment se raconte une histoire à l’intérieur de la photographie ?
L’étude des photographies de Robert et Shana Parkeharrison montre comment l’auteur de la photographie peut narrer grâce à chaque détail de l’image qui appelle les références présentes dans un lexique imaginaire propre à chacun.
Si l’autonomie de la photographie constitue un atout pour le récit, en particulier grâce à la polysémie qu’elle induit, elle implique que l’image ne se déroule que dans l’imaginaire du spectateur. Dès lors, comment aider la photographie à raconter ? Par la séquence : Les fictions photographiques de Duane Michals et Tracey Moffatt attestent du potentiel narratif et poétique de l’articulation de plusieurs images.
Par la mention écrite : si le mariage de la photographie avec l’écriture s’est majoritairement exprimée à travers l’illustration et la légende, une combinaison équilibrée est possible. La principale richesse de la photographie pour la narration, son ambiguïté, ne se voit-elle pas alors mise à mal par ces deux types d’articulations ? S’il est vrai que le montage et l’écriture orientent la lecture, physiquement et en termes de signification, l’équivocité peut être maintenue grâce au contrepoint du texte et à l’ellipse temporelle et spatiale.
Cette dernière induit l’idée de la faille dans laquelle l’imaginaire de l’autre s’infiltre, ce qui m’amène à placer au centre d’une troisième partie la figure du spectateur, jusqu’ici apparue en filigrane dans la question de la polysémie. En effet, le spectateur participe plus qu’il n’y paraît à la création de la fiction. Pour en juger, je réalise un livre d’histoires photographiques et mène une expérience qui consiste à demander à des spectateurs d’écrire l’histoire que mes récits photographiques leur suggèrent.
L’analyse de l’utilisation par le spectateur des indices et béances trouvées dans la photographie apporte un éclairage final à la problématique : le spectateur se forge une image mentale de la même manière que le photographe a fabriqué son image : il provoque une apparition, faisant surgir ce qui existait déjà mais de manière latente.


