Des films comme Jaguar de Jean Rouch ont ouvert la voie a? un type de re?alisation particulie?re mêlant fiction et re?alite?. Ce me?moire se propose d’explorer cette production entre documentaire et fiction. Le terme « fiction in situ » pose l’hypothe?se de l’e?mergence d’un nouveau type de cine?ma, a? l’instar des artistes plasticiens qui, a? partir des anne?es 1970, en implantant leur production dans des lieux, invente?rent « l’art in situ ».
Dans le cadre du cine?ma, il s’agit de raconter des histoires spe?cifiques a? un lieu en utilisant les e?le?ments qui le composent : les cadres de vie, les habitants et leurs aventures authentiques. Les films e?tudie?s prennent ce re?el comme matie?re même de narration. A? partir de ce postulat de de?part, cette e?tude de?veloppera une se?rie de questionnement sur le mode de fabrication de ces films et leurs rapports a? leur environnement.
La mise en sce?ne du re?el sous forme de fiction pose des proble?mes concrets de mode de fabrication : comment e?crire un sce?nario, une histoire sur ce qui ne peut pas être pre?vu ? Comment inte?grer un dispositif de filmage de fiction dans un environnement re?el ? Ces films ope?rent une fusion entre l’espace de tournage et le re?el, et donnent ainsi lieu a? des interactions entre ces deux mondes.
Pour re?pondre a? ces questionnements, cette e?tude se base sur des entretiens et te?moignages des re?alisateurs des films du corpus.
Ces dispositifs de fiction sont tre?s proches du documentaire, et remettent en cause la notion de frontie?re entre ces deux genres. Tout au long de ce travail, l’effacement de cette frontie?re ne cesse de poser des nouvelles proble?matiques. Cette fictionnalisation de l’existant perturbe notre re?gime de croyance en l’image, et instaure en nous un doute perpe?tuel vis-a?-vis de ce que nous voyons.
Elle remet aussi en cause la notion d’acteur. Celui-ci jouant son propre rôle, la frontie?re entre ce qui est de l’ordre du jeu, et ce qui vient de lui-même est souvent indiscernable. Cela ouvre une re?flexion plus ge?ne?rale sur les notions de jeu, de direction d’acteur, et plus fondamentalement d’identite?. Au-dela? de la place de l’acteur, l’organisation interne de l’e?quipe est modifie?e, pour tendre vers un fonctionnement plus collectif. Le re?alisateur perd son statut d’inventeur d’un monde, d’auteur, et devient le cre?ateur d’un dispositif qui re?organise les e?le?ments du re?el.
Cette recherche se base sur un corpus de films bre?siliens contemporains. L’e?tude de ce contexte de production particulier donne lieu a? une re?flexion sur les rapports entre le contexte socio-historique et la fabrication des films. En effet, la production cine?matographique bre?silienne a une histoire chaotique et les films e?tudie?s portent en eux les marques de ce contexte.


