Au cours d’un trajet, Philippe Rousselot (Ciné 66) nous parle du questionnement du chef opérateur.
Il
y a en Louisiane une sorte d’autoroute qui traverse sur pilotis le lac
Ponchartrain, plus de quarante kilomètres en ligne droite au-dessus de
l’eau. Tôt le matin, tard le soir, c’est une destination aller et
retour, vers un lieu de tournage ; trente minutes à cent à l’heure. Et
la première question du jour se pose en regardant la lumière et le ciel
se reflétant sur l’eau, de chaque côté de la voie, « comment, de quelle
manière, filmer ce paysage ? Où mettre la caméra, quel mouvement lui
donner, où placer le point de fuite, la ligne d’horizon, quel filtre,
quel objectif utiliser ? Comment décrire ce qu’on ne peut encore voir,
comme la rive opposée cachée par l’arc de la terre, et qui fait que ce
pont sur l’eau s’étire à l’infini ? ».
Toutes ces questions sont étrangères au
film que l’on tourne, à la journée de travail qui commence, mais font
partie d’une pratique quotidienne, souterraine et semi-consciente,
pratique d’un « rendre compte » des impressions fugitives laissées par
autant d’événements que sont ces bribes de paysages perçues en chemin.
Exercice qui consiste à voir les choses à l’intérieur d’un rectangle, à
évaluer des contrastes, des rapports de couleur, des accords et des
ruptures.
Avant tout, le chef opérateur est un archiviste.
ISBN : 978-2-915543-47-6
112 pages, format : 10,5×20
Prix : 13,70 €
Éditions Jean-Claude Béhar
94 rue de l’amiral Mouchez
75014 Paris
Tel 01 45 80 10 68
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