Les toutes premières années de « l’écriture du mouvement », à l’extrême fin du XIXe siècle, sont les plus émouvantes de cet art alors balbutiant. La Cinémathèque française montre dans cette programmation de précieux incunables – certains sortent à peine de restauration – et rend hommage à la mémoire du grand collectionneur Olivier Auboin-Vermorel, décédé le 14 octobre 2014, qui a eu la générosité de confier ses films à notre institution.
Toute l’industrie du cinéma se met en place entre 1894 et 1900 : éditeurs, fabricants d’appareils, usines de pellicule, laboratoires, exploitants forains et sédentaires, vendeurs, premiers studios… Certains des premiers « cinématographistes » deviennent des virtuoses de cet art hybride : Georges Méliès bien sûr. Le fils du grand photographe Nadar, Paul, réalise de beaux films, mais avec une caméra rustique. D’autres tentent de faire oublier les images grises en les colorisant – Edison propose dès 1894 des films du kinétoscope peints à la main, comme A Bar Room Scene. Les vues du Phono-Cinéma-Théâtre, présentées à l’Exposition de 1900, sont sonorisées synchroniquement avec un phonographe à cylindre. Certains sont cependant muets : il s’agit de « pantomimes » accompagnées par une musique jouée dans la salle.
Entre autres merveilles, les films à perforations Lumière délicatement peints à la main que vous allez voir, d’une immense rareté, proviennent d’un forain nommé Crebassa, qui tournait dans le Sud de la France à la fin des années 1890. Est-il également l’auteur de ces bandes ? Ce n’est pas sûr, car il les projetait avec un projecteur Parnaland : il ne possédait donc pas, apparemment, de Cinématographe Lumière. Ce sont des films inédits, « hors catalogue » dont certains, magnifiques, ont été tournés directement sur les champs de foire.
Merci à Olivier Auboin-Vermorel d’avoir préservé pour la postérité ces merveilles artistiques et technologiques.
Programme :
Kinetoscope Edison
A Bar Room Scene
États-Unis, 1894, DCP, 1 minute
Programme forain, vues coloriées au pinceau, films réalisés avec un Cinématographe-type Lumière et avec de la pellicule 35 mm fabrication Lumière-Planchon à perforations rondes (un trou rond de chaque côté de l’image), réalisateurs inconnus
France, 1897-1900, 35 mm
[Bagarre autour d’un marchand de fleurs]
[Vue comique militaire]
[Scène de théâtre pour effets de sonorisation]
[Manège devant le Cirque des Champs-Elysées, Paris]
[Banquet de mariage, scène comique]
[Cirque miniature]
[Chapeau de Tabarin]
Phono-cinéma-théâtre
Ma Cousine
France, 1900, DCP, 2 minutes
L’Enfant prodigue
France, 1900, DCP, 2 minutes
Étienne-Jules Marey et Lucien Bull
Gare Saint-Lazare
France, 1899, 35 mm, 1 minute
Paul Nadar
[Danses slaves]
France, 1896, 35 mm, 1 minute
[Danses russes]
France, 1896, 35 mm, 1 minute
Les Deux gosses
France, 1896, 35 mm, 1 minute
[Paul Nadar pratiquant l’escrime]
France, 1896, 35 mm, 1 minute
[Paul Nadar lisant l’écho de Paris à la terrasse d’un café]
France, 1896, 35 mm, 1 minute
[Mademoiselle Zambelli de l’Opéra]
France, 1898, 35 mm, 1 minute
[Danse du papillon]
France, 1896, 35 mm, 1 minute
[Scène de rêve]
France, 1896, 35 mm, 1 minute
[Rue Royale]
France, 1896, 35 mm, 1 minute
[Place de La Concorde]
France, 1896, 35 mm, 1 minute
Georges Méliès
Automaboulisme et autorité
France, 1899, 35 mm, 39 secondes
Les Aventures de Robinson Crusoé
France, 1902, 35 mm, 12 minutes
Productions Théophile Pathé
Egarée
France, 35 mm, 1909, 7 minutes
Les Ruines du Château hanté
France, 35 mm, 1909, 5 minutes


