Exposition Jean-Luc Moulène

Les Filles d’Amsterdam en constitue le cœur; ce projet, comme souvent dans le travail de l’artiste, concerne une « question de représentation, de représentation publique, donc une question politique ». Ces treize portraits de prostituées, avec leurs noms de « scène » pour titre fonctionnent à rebours de tout principe d’identité. Dans chacune des images qui composent cette série, Moulène fait se fondre deux régimes d’images, héritées de deux inventions de masse qui marquent très fortement l’origine de la photographie : la photographie d’identité (à travers notamment Bertillon) et la photographie pornographique (Bellocq). Depuis, ces deux pratiques avaient cohabité, sans jamais s’ajuster. « Ma première vision du projet a été cela, explique Moulène, réunir tête et sexe dans un seul corps d’image. Il ne s’agit pas d’expression, mais plutôt de précipiter expérimentalement et concrètement les images mentales que cette coupure a engagées ».

Autour et à partir de ce noyau double se développent d’autres images (publiques) qui agissent comme des fonds, des surfaces, des coupes pour promouvoir, dramatiser les corps réels. Ces images, organisées sur des géométries non euclidiennes (fluides, mobiles, floues, surfacées) graviteront dans l’ensemble des possibles corporels comme les accessoires ou les cosmétiques pour les filles de magazine.