Henry,
nostre Enric était fait de son âme occitane. Cette
langue qu’il aimait et qu’il défendait
autant qu’il la pratiquait, il lui avait donné une
partie de sa vie.
moi-même étudiant à
l’Ecole Nationale Louis Lumière quand je le
rencontrai la première fois en 1974. Henry avait
créé l’association Cinéma
Occitan où se retrouvaient
régulièrement à l’IEO Paris
tous ceux qui de près ou de loin
s’intéressaient à notre culture
d’Oc, Jean Fléchet (Machougas, la sartan,
l’Orsalher,…), Philippe Haudiquet (auteur de
Gardarem lo Larzac), Guy Cavagnac, Michel Gayraud, Jean Arlaud, Alem
Surre et beaucoup d’autres. Henry avec l’IEO avait
entrepris de faire naître du cinéma en Occitanie
et lors de stages à Mialet (Gard) ou dans le Luberon (en
mars 1970), à Villeneuve sur Lot organisa le tournage de
véritables films sur la question occitane. Ce furent des
années fécondes. N’oublions pas aussi
sa contribution toujours militante à la chanson occitane et
ses collaborations techniques à la réalisation et
l’enregistrement des disques de Claude Marti, Joan dau Melhau
ou Longamai chez Ventadorn.
Henry,
maître dans son métier de cinéma
passait peu à peu à la réalisation de
courts métrages et avait entrepris des films sur les auteurs
occitans. Sur Jorgi Reboul, sur Enric Mouly, entre autres. En 1977, il
réalise « l’aubre
vielh » avec Marcelle Delpastre et Joan Dau Melhau
autour de l’identité profonde des hommes et des
paysages avec le magnifique poème résistant de
Marcelle Delpastre. Le film est une de ces œuvres magiques,
de superbe adéquation poétique entre
l’image et le son. Le film produit et monté par
Jean Fléchet obtient en 1978 le César de la
meilleure oeuvre documentaire. Henry avait surpris en
s’exprimant en occitan lors de la remise du
trophée. La même année Henry obtient la
Vénus de Barcelone en récompense de son
œuvre consacrée au poète
résistant marseillais Jordi Reboul, Jordi
Rebol, a Trets, un jorn que bufava lo mistral.
Juste mérite pour une oeuvre qui se voulait modeste mais
d’une vérité humaniste profonde. Dans
les années 80, il participe à la grande aventure
de l’Orsalher de Jean Fléchet long
métrage de cinéma dont il fait le son. Ce sont
des semaines de travail intense mais qui, pour ceux qui y ont
participé demeurent des moments exaltants et
profondément ancrés dans les mémoires.
Malgré sa
volonté de passer au long métrage sur le
thème du catharisme, il ne parvient pas à aboutir
son projet et décide repartir vers cette Afrique
qu’il aimait tant et qu’il avait si longuement
parcourue. Après quelques années à
Djibouti, où il assure la direction des programmes de la
télévision nationale, il rejoint le Cameroun
où il dirige le section télévision de
l’Ecole supérieur des sciences et techniques de
l’information fondée par Hervé Bourges
où il enseigne le cinéma. Pendant ses courts
séjours en France, grâce à
l’appui de Guy Cavagnac (dont il fût aussi
l’ingénieur du son sur le
soldat Laforêt), nous
tournons ensemble de nombreux documentaires dont un film sur le
festival de Montpellier, un portrait de l’écrivain
Léon Cordes pour lequel il avait une tendresse et une
admiration particulière.
De l’Afrique,
qu’il avait toujours aimé et qui lui fournit un
recueil de nouvelles préfacé par Jean
Carrière, à l’Occitanie, Henry avait
les idées des grands larges, une culture humaniste, une
chaleur et une convivialité qui l’ont rendu cher
à tous ceux qui le connaissaient. Sur sa tombe, mercredi
à la demande de ses deux filles Estelle et Laure,
j’ai lu le poème de Marcelle Delpastre.
« Dempuei que lo
tuavan, ’queu país,
coma ‘na bèstia fera,
dempuei lo temps,
non n’es pas mòrt,
polsa d’enguera. »
Fourcou, jeudi
17 juillet 2003


