• Plaidoyer pour la liberté de photographier

    Plaidoyer pour la liberté de photographier

    "J’avoue que je ne porte point à la
    liberté de la presse
    cet amour complet et instantané
    qu’on accorde aux choses souverainement bonnes de leur nature.
    Je l’aime par considération des maux qu’elle empêche
    bien plus que par les biens qu’elle fait
    ."
    Alexis de Tocqueville, 1835

    Introduction

    La France est certainement le seul pays du monde occidental
    à reconnaître un "droit à l’image", ceci
    depuis moins de quarante ans. L’évidence de ce droit n’est donc
    pas une réalité historique, loin de là. Il faut
    bien distinguer le "droit à l’image", notion
    intellectuelle propre au siècle des lumières, du "droit
    marchand sur l’image
    " vers lequel nous glissons aujourd’hui
    et qui devient un droit de propriété et non plus une affaire
    de liberté.

    Cette véritable exception culturelle est aujourd’hui
    une source de dérives liberticides méconnues ou sous-estimées
    : le droit à l’image étant affilié au droit commun,
    notre pays devient sans doute le seul du monde occidental où
    un photojournaliste, dans l’exercice de ses fonction risque une peine
    de… prison. Photographier n’est pourtant pas un crime, c’est au
    contraire le meilleur vecteur de communication pour plus de démocratie
    et plus de justice.

    Le droit à l’image s’oppose par nature au droit
    à l’information plus souvent nommé "liberté
    de la presse". L’évolution que l’on perçoit ces
    dernières années érode chaque jour le champ de
    travail des photojournalistes à un moment où, de surcroît,
    fragilisés économiquement et pour diverses raisons ils
    n’ont pas besoin de cela. C’est une réelle censure aux contours
    flous qui s’impose à notre regard chaque jour. Nous savons
    -devrions savoir- que le droit à l’information
    est une clé de voûte majeure des démocraties
    .
    Ce droit est aujourd’hui remis en question. En clair : la société
    française est confrontée à une dictature de l’argent
    dans laquelle les intérêts privés deviennent prioritaires
    au détriment d’une conception délétère
    de notre société de l’information.

    Les professionnels que nous sommes ont le droit de connaître
    les réalités du terrain et c’est très modestement
    que je m’appuie sur une expérience de dix ans au service de la
    presse pour construire une analyse fondée sur de nombreux témoignages.
    En spécialiste du traitement de l’image, j’ai vu naître
    quelques cent cinquante mille photographies de cette presse "people"
    tant décriée, souvent à l’origine de nouveaux phénomènes
    de société. Mon attitude professionnelle, c’est à
    dire sans jugement, est à l’origine de la confiance que nombre
    de photographes ont bien voulu m’accorder. J’ai eu le rare privilège
    de suivre jour après jour, directement ou indirectement, la réalisation
    de reportages pour le meilleur et pour le pire.

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    Le gris clair et le gris foncé

    Quelques rappels avant tout : quand on s’intéresse
    à l’œuvre d’un personnage de référence, il
    est conseillé, pour mieux l’appréhender, de se plonger
    dans sa vie… privée !
    Il en est ainsi pour des artistes tels que Jean de La Fontaine, Wilhelm
    Apollinaris de Kostrowitzki -dit Guillaume Apollinaire-, Vincent Van
    Gogh, Pablo Ruiz Blasco -dit Picasso-; ou de personnages historiques
    tels que Charles de Gaulle -dit Général (les armées
    ne connaissent officiellement que le colonel)- ou Philippe de Haute
    Clocque -dit "Maréchal Leclerc"-. La notion de vie
    privée et de voyeurisme en ce domaine est donc relative. Presse
    à scandales et bottins mondains ont de forts points communs dans
    leurs démarches. A l’heure du bicentenaire de la naissance de
    Victor Hugo, c’est bel et bien dans les pages culturelles que l’on évoque
    en détails les innombrables maîtresses de ce dernier. L’intérêt
    pour la vie privée d’autrui ne bascule dans le "glauque"
    que dès qu’il s’agit de personnages contemporains. Curieux paradoxe.

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    La pré-photographie

    A la veille de l’invention de la photographie existait
    une iconographie officielle plus que subjective. Quand on parle aujourd’hui
    de subjectivité dans un reportage photo ou vidéo, cela
    reste sans comparaison. Si le peintre Louis David avait été
    reporter photographe, nous aurions aujourd’hui des images de l’empereur
    Napoléon Bonaparte à dos de… mulet et non sur un cheval
    fougueux. Le spectacle du talentueux Robert Hossein dut-il en prendre
    un coup : "du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas"…
    La phrase est de Napoléon lui-même. Avec de bons journalistes
    d’investigation, saurions-nous avec plus de certitudes si Bonaparte
    est bien de père corse ou… breton et même s’il s’agit
    bien de notre empereur ou d’un… sosie dont nous saluons régulièrement
    le tombeau ! Autant de symboles qui influencent qu’on le veuille ou
    non les fondements de notre société.

    La photographie, invention post-Napoléonienne
    de Joseph Nicéphore Niépce a donc l’avantage -pour l’instant
    encore avant l’ère du tout numérique- de nous proposer
    des images plus conformes aux réalités des choses.

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    Les servitudes normales de la vie en société

    De longues années durant, le reportage photographique
    fut un luxe recherché. Jusque dans les années cinquante,
    cette activité était -à ma connaissance- relativement
    simple à exercer au plan juridique, il n’existait pas encore
    de "droit à l’image". Certes, on imagine que la censure
    faisait le tri et que les procéduriers ont de tous temps trouvé
    du grain à moudre, mais les tribunaux considéraient que
    l’image prise en public se justifiait par les "servitudes normales
    de la vie en société".

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    Une histoire à 7 millions de francs

    Vint un semblant de conte de fées diffusé
    mondialement : un mariage dans une principauté oubliée
    jusque là sans histoires, entre un prince -non homologué
    par le Gotha- et une comédienne américaine, vedette de
    films d’un certain Alfred Hitchcock. Quelques mois plus tard, Son Altesse
    Sérénissime le prince Rainier de Monaco propose "au
    plus offrant" les photographies de sa petite Caroline qui vient
    de naître… Il est un des premiers à valoriser un reportage
    "people" au plus haut prix ! La série fut adjugée
    au journal "France Soir".

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    Respect de la vie privée

    Dans le même temps, Roger Vadim crée B.B.,
    phénomène de société aujourd’hui sans équivalent.
    Et Bardot de se plaindre -en toute bonne foi- de harcèlement
    de la part des photographes. Elle demande une protection juridique…
    qu’elle obtient. Le droit à la vie privée se développe
    principalement à cette époque pour aboutir à la
    loi du 17 juillet 1970 qui dit que "chacun a droit au respect de
    sa vie privée" mais laisse la réparation de préjudices
    d’ordre subjectif à la seule appréciation des juges. La
    notion juridique de harcèlement, apparue beaucoup plus tard,
    eut-elle sans doute été plus appropriée.

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    Un nettoyage plus blanc que blanc

    La presse dite "de caniveau" est dès
    lors bridée en France alors que dans les autres pays du monde
    fleurissent maintes publications que nous imaginons culturellement impensables
    chez nous. En fait, l’impossibilité est essentiellement juridique.
    Les États-Unis atteignent le sommet des bas-fonds avec des émissions
    télévisées sur des thèmes de vie privée,
    librement et sans procès.

    C’est ainsi que nombre d’images sulfureuses de Stéphanie
    Grimaldi feront le tour de la planète sans passer par la case
    gauloise et donc sans plainte, procès ou recours. La duchesse
    d’York Sarah Ferguson, pour un même type d’images à diffusion
    mondiale, aura l’occasion de gagner un procès… sur le territoire
    ancestral de Clovis uniquement.

    Pour autant, quelques journaux "people" satisferont
    le vil public français avec de "fausses planques",
    c’est à dire avec le consentement des personnes photographiées,
    et sans doute parfois de "fausses informations"… sans plaintes
    et sans litiges.

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    Redistribution des cartes

    Les choses seront stabilisées à ce niveau
    jusqu’au début des années 90, qui voient la conjugaison
    de deux phénomènes :

    •  le parti que prend
      le journal "Voici" d’assumer les risques financiers -liés
      aux condamnations- en misant sur le succès de reportages "vérité",
      d’une part,
    •  la rencontre entre un comédien procédurier
      -petit-fils d’un juriste spécialisé dans le droit à
      l’image- et d’une princesse -non homologuée par le Gotha-, d’autre
      part. Ce couple, à lui seul, totalisera en 1994 près de
      60 procès sur deux ans.

    Encore faut-il réaliser
    que le magazine "Voici" appartient au groupe "Prisma presse"
    dirigé par le très sérieux Axel Ganz, qui diffuse
    nombre de titres aussi variés que "Femme actuelle" ou
    "Capital" très éloignés de l’esprit comme
    du public de "Voici". "Prisma presse" répond
    à une logique financière implacable qui entend occuper tous
    les segments de marché de la presse magazine.
    Le professionnalisme du groupe est certain, le succès est au rendez-vous.
    Le tirage de "Voici" est deux fois supérieur à
    celui de titres comme "L’Express" ou "Le Point", et
    "Voici" dérange pour une raison simple : aussi discutables
    que soient les reportages que le magazine diffuse, ils sont criants de
    vérité : ce sont de "vraies planques".

    "Voici" est également un des rares
    magazines français à payer relativement bien ses photographes.
    On parle de 50.000F (7.600 Euros) au minimum par reportage, ce qui est
    au dessus des tarifs couramment pratiqués. Certaines photos floues
    atteignent les 800.000F (120.000 Euros), ce qui place -en termes de
    marché- la futilité loin devant la photographie de guerre
    ou d’investigation. La France du "Loft" est au bout du chemin.
    Pour autant, les paparazzi réguliers ne sont qu’une poignée
    : une vingtaine de photographes en France, tout au plus. Ce sont des
    amuseurs, ils se font passer comme tels. Ils ont appris à vendre
    leurs services, à dédramatiser la notion de vie privée.
    Ils ont le vent en poupe, les émissions télévisées
    défilent autour de leurs personnes.

    Suivent une succession de calculs financiers et autres
    parties de ping pong juridiques dont le droit à l’information
    et la notion de vérité font les frais.

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    Une affaire embarrassante

    L’affaire "Mazarine" en date du 3 novembre
    1994 , histoire de la fille cachée du président de la
    république révélée par "Match"
    aura moins de conséquences dans l’opinion publique que dans la
    vie du même nom. Les photographes trublions inquiètent
    par leur capacité à atteindre les sphères du pouvoir.

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    Mauvaise pioche

    En juin 1995 paraît un livre "Les voleurs
    d’images" aux éditions Michel Lafon, qui révèle
    quelques secrets des prises de vues les plus étonnantes : Marlon
    Brando, Le prince Charles en toute "intimité", détails
    sur l’affaire "Mazarine", le pape dans sa piscine et autres
    poubelles de stars… Le titre veut être un clin d’oeil à
    une publicité humoristique Kodak, très populaire : "Les
    voleurs de couleur". Mauvaise pioche : cette expression innovante
    de "voleurs", vantée par les photographes eux-mêmes,
    restera et martèlera désormais l’idée qu’une image,
    si elle peut être volée, est un bien que l’on doit préserver.

    Le droit à l’image est alors renforcé
    par de nouveaux textes législatifs dont le vote passe inaperçu
    : les peines sont aggravées et la violation de vie privée
    devient passible de prison. Pascal Rostain, directeur de l’agence Sphinx,
    en fait les frais pour un reportage sur Michel Polnareff paru une seule
    fois dans "Match". Il est condamné -avec sursis- dans
    l’indifférence générale. Partout dans le monde,
    ce reportage "soft", pris à travers la fenêtre
    d’un établissement hospitalier, serait assez banal. En France,
    il est très sévèrement sanctionné. Pour
    qui observe les choses avec un peu de recul, la presse change.

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    Une méchante affaire

    Survient l’affaire "Ducruet" en 1996. Les
    images torrides de l’époux de Stéphanie Grimaldi sont
    largement diffusées… hors de France. Daniel Ducruet ayant demandé
    et obtenu -par anticipation en voie de référé-
    toute publication sur notre territoire comme la loi française
    l’y autorise. "Match" sera même condamné en première
    instance pour des photos jamais publiées.
    Pour autant, un malaise s’installe car il s’agit cette fois d’un -tendre-
    piège tendu à un -naïf- prince consort. Ce procédé
    plus que malhonnête -on ne peut plus cette fois parler de vérité-
    sera dénoncé par tous les professionnels. Le photographe
    Stéphane de Lisieski en répondra devant la justice et
    sera sévèrement condamné, mais l’impact en termes
    d’opinion publique restera très négatif.

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    Un drame

    Le point de basculement est atteint le 31 août
    1997 avec l’affaire "Diana Spencer", terrible accident de
    la circulation autour duquel tous sont dépassés : photographes,
    secours, police, médias. Pour comprendre le phénomène,
    il faut réaliser que les séjours de Lady Di étaient
    rarissimes sur Paris, les photographes de la capitale étaient
    en manque de Diana dans leurs photothèques, sans parler des réelles
    provocations de l’ancienne épouse du prince Charles. Le matin
    du drame, Diana est sur la Côte d’Azur. Avec son fiancé,
    elle prend l’air en avion privé pour une destination inconnue.
    Pourquoi faut-il qu’ils descendent ce même soir à l’hôtel
    Ritz de Paris où 500 personnes sont immédiatement prévenues
    de leur arrivée ? Dans le genre discret, on fait mieux.Tous les
    journalistes rappliquent : rien moins que de très ordinaires
    photojournalistes. Enchaînement diabolique -collision et délit
    de fuite d’un tiers véhicule jamais retrouvé comme beaucoup
    d’accidents de la route-, on parle d’attentat, ce qui est une aberration.
    Comment les services secrets britanniques pouvaient-ils s’en prendre
    à la mère du futur roi d’Angleterre ?

    Quand, ce jour de l’été 1997 -forte audience
    à l’appui- le présentateur vedette PPDA ouvre son journal
    télévisé, -en litige lui-même avec un "vrai"
    paparazzi, affaire dans laquelle il est nettement en tort- il oublie
    la neutralité supposée de son métier et charge
    d’entrée de jeu les photographes. Le ton est donné, le
    mouvement est lancé. Les reporters impliqués dans cette
    histoire sont traités par la police comme des criminels en dépit
    de leurs cartes de presse. Leurs statuts de journalistes seront ignorés
    et la solidarité des confrères ne se réveillera
    que timidement et très tard.

    Par assimilation, les "paparazzi" -totalement
    en dehors du coup- deviennent des tueurs. Leurs télé-objectifs
    sont d’ailleurs comparés à des armes. Désormais,
    les défenseurs de vie privée auront la partie belle.

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    La pratique du chaos

    Ce
    qui devait arriver fut. Les conséquences étaient latentes,
    elles se révélèrent de façon spectaculaire.
    Parmi d’autres, le photographe Hocine (AFP) en fera une certaine expérience.
    Cette même année 1997, il couvre les événements
    dramatiques d’Algérie et le massacre de Benthala en particulier.
    L’une des images retenues est si forte qu’elle devient une icône
    : "la Madone". Tous les journaux publient cette image qui
    devient primée à Rome en octobre, au Festival du Scoop
    à Angers en novembre, prix de la fondation Mumm en janvier, sélectionnée
    parmi 30.000 clichés envoyés par 3.600 professionnels
    elle reçoit le World Press en février, trône à
    l’entrée du salon de la photo SIPI à Paris en mars et
    finit… par être l’objet de plaintes.

    On entre alors dans une phase de délire absolu
    où toutes les dérives se bousculent, d’autant plus que
    le délai retenu pour porter plainte est de trente ans
    (avec -cerise sur le gâteau- des gains non imposables) :

    •  Victimes de brutalités policières
      qui poursuivent des photographes en portant plainte contre des articles
      pourtant destinés à les défendre
    •  Contestation de photos prises lors de la
      montée des marches du palais des festivals à Cannes
    •  Personnes bien sous rapports qui -depuis
      leur téléphone mobile- n’hésitent pas à
      appeler leur avocat pour estimer l’intérêt vénal
      de se placer devant l’objectif d’un photographe
    •  Des rescapés de pièges naturels
      (montagne) ou humains (terroristes) qui monnayent carrément
      les photos souvenirs de leur calvaire sans considération
      pour les sauveteurs qui, eux, risquent leur vie sans contrepartie
    •  Des gardes du corps qui exigent de ne pas
      apparaître sur les images
    •  Extensionsau"droitàl’image des biens" donnant lieu à litiges sur de simples paysages
    •  etc.

    C’est le règne de l’hypocrisie la plus totale.
    On ne traite pas le droit "à" l’image mais bien le
    droit "sur" l’image. Des témoins affirment avoir vu
    une jeune fille distribuer fièrement des visuels de sa personne
    parue dans "Match" à l’occasion de la célèbre
    coupe du monde de football 1997… et porter plainte dans le même
    temps sans sourciller pour préjudice dans sa vie privée
    avec cette même image…

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    47.634 sites web disparaissent du paysage

    L’année 1999 atteint le monde du "web".
    Estelle Lefébure-Smet-Hallyday n’hésite pas à engager
    froidement une procédure le 10 février contre l’hébergeur
    gratuit Altern et son représentant : Valentin Lacambre.
    Rien de méchant, pourtant : des photos de vacances prises quand
    elle avait 17 ans. Altern met son activité en berne, ce qui efface
    d’un seul coup d’un seul, 47.634 sites amateurs du paysage de l’Internet.
    Le litige se concluera de façon bancale, retenons que :

    •  la diffusion des images n’était pas
      une question de "gros sous", ne s’agissant que de pages
      personnelles
    •  le véritable auteur du site incriminé
      -totalement identifiable-, ne sera jamais pousuivi vu que ni la
      justice, ni les avocats de la belle ne demanderont son identité…
    •  Ces images circulent mondialement aujourd’hui
      sur le "web" sans aucun contrôle


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    Une loi contestée

    1999 est l’année de la loi Guigou laquelle en
    rajoute encore un peu, comme si cela ne suffisait pas, ce qui amènera
    le regretté Roger Thérond -Ancien directeur du magazine
    "Match"- à lancer le 4 septembre son "Appel de
    Perpignan" en clôture du festival annuel du photojournalisme.
    Cette pétition à l’attention du gouvernement sera sans
    effet.

    Les professionnels se mobiliseront
    plus activement en l’an 2000 avec notamment :

    •  Un colloque "L’image à la dérive"
      au Salon du Livre
    •  Un débat sur le "droit à
      l’image" et une exposition originale à caractère
      pédagogique de "photographies interdites" au Salon
      de la photo SIPI
    •  Un débat à Montpellier sur
      le droit et la dignité des personnes photographiée
    •  Un rassemblement de photographes à
      Clermont-Ferrand sur le thème "Non à la privatisation
      des paysages"

    Tout ceci à l’initiative de nombreuses organisations
    professionnelles et notamment : l’ADAGP (Société des Auteurs
    dans les Arts Graphiques et Plastiques) l’ANI (Association Nationale
    des Iconographes), l’ANJRPC (Association Nationale des Journalistes,
    Reporters,Photographes et Cinéastes), la DEMEURE HISTORIQUE,
    PRESSE LIBERTE, le SAPHIR (Syndicat des Agences de Presse
    photographiques d’information et de reportage), le SNAPIG (Syndicat
    National des Agences Photographiques et d’Illustration Générale), le
    SNE (Syndicat National de l’Edition), le SPM (Syndicat
    de la Presse Magazine et d’Information), l’UPC (Union des Photographes
    Créateurs), l’UPCP (Union Professionnelle de la Carte Postale)…
    sans grands résultats.

    Pour sympathiques qu’elles soient, ces actions demeurent
    futiles, comparées aux vastes mouvements syndicaux ou humanitaires
    tels les manifestations de cheminots, camionneurs, pompiers, policiers,
    médecins ou antimondialisation. Quoi qu’on en dise et malgré
    toutes leurs réelles influences sur la société,
    les photographes du vingt-et-unième siècle sont peu considérés.

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    L’ombre de Big Brother

    Pendant
    ce temps au vu et au su de tous, une poignée de multinationales
    mettent patiemment la main sur les plus grands patrimoines d’images.
    Une sorte de "Yalta des archives photographiques" s’opère
    entre le richissime Bill Gates et son homologue pétrolier Paul
    Getty. Personne ne sait résister à l’un ou à l’autre
    de ces géants de la finance.
    En avril 2001 Bill Gates n’hésite pas à annoncer le prochain
    enterrement -physique- des 17 millions d’originaux photographiques
    de la célèbre collection "Otto Bettmann" dans
    le but officiel de les préserver. Et en novembre, son agence
    Corbis annonce le licenciement de tous les photoreporters salariés
    de ses trois agences françaises (Sygma, Kipa et Tempsport). Il
    apparaît clairement que ses ambitions loin d’être humanistes
    ouvrent la porte aux images sans contrôle, voire manipulées.

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    Le côté obscur du pouvoir

    A la sortie du Conseil des Ministres du 19 décembre
    2001, la façade socialiste de notre gouvernement restera peu
    sensible à la centaine de photojournalistes venus demander en
    toute simplicité un honnête respect de leurs conventions
    collectives. Il faut comprendre que sous prétexte de vie privée,
    ce sont les hautes sphères que l’on protège plus que toute
    autre chose. Le pouvoir politique veut conserver sa vie privée
    comme marge de manoeuvre "officielle" en cas de besoin, sans
    pour autant afficher une vraie transparence.

    Mais ce sont les pouvoirs financiers que l’on protège
    le plus. Aujourd’hui, un milliardaire de type "Ben Laden"
    à la Française est préservé par nos lois.
    Les trois premières fortunes nationales représentent quelques
    30 milliards d’euros : bien plus que n’importe quel groupe de presse.
    Sur un litige avec ces personnages, aucun directeur de publication n’ose
    imaginer le préjudice à réparer en cas de condamnation,
    personne n’ose s’intéresser de près aujourd’hui à
    leur train de vie. Trop dangereux et réellement peu lucratif
    à court terme. Le Canard Enchaîné, qui a publié
    en 1989 la seule feuille d’impôts de Jacques Calvet -PDG de Peugeot-
    a également du affronter neuf ans de procédures judiciaires
    et condamnations successives pour n’obtenir gain de cause qu’au stade
    de la Cour européenne des droits de l’homme en janvier 1999…

    Citons en illustration de ce phénomène
    la renonciation de l’éditeur Calmann-Lévy en été
    1998 de publier la biographie non autorisée de l’homme d’affaires
    François Pinault, une des premières fortunes de France
    qui contrôle également 20% de notre culture littéraire
    à travers ses enseignes FNAC. Au même moment paraissait
    en contre-feu chez de Fallois une biographie autorisée du même
    François par son ami Pierre Daix. Mais le plus surprenant est
    la condamnation de Bernard Viollet le 5 août 1998 pour une biographie
    d’Alain Delon qui n’existait que sous forme de synopsis d’une vingtaine
    de pages transmis à quelques éditeurs : la première
    condamnation connue d’un livre non écrit !

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    Des limites perverses

    En janvier 2002, la rumeur prête une liaison au
    financier Jean-Marie Messier avec la comédienne Sophie Marceau.
    Quel crédit peut-on accorder au démenti catégorique
    qu’il donne dans le magazine "Match" ? Aucun. Seule une presse
    libre peut faire taire une rumeur infondée -ou supposée
    telle-, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Le système trouve
    donc ses limites perverses pour ceux-là mêmes qu’il entend
    protéger…

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    Un quadrillage en règle

    C’est donc la chute de notre modernité, de Denis
    Diderot et de François Marie Arouet -dit Voltaire- à laquelle
    nous assistons. A y regarder de près, nombre de nos médias
    sont bel et bien détenus par des industriels qui n’ont rien à
    voir avec le monde de l’information. TF1 est détenue par Bouygues,
    Canal Plus est détenue par Vivendi (ex Générale
    des Eaux). Certains remarqueront que le groupe Matra-Hachette, propriétaire
    du magazine "Match", ne fabrique pas que des armes en papier.
    Cela n’est pas innocent.

    Et la censure floue est tout aussi réelle dans
    les milieux audiovisuels, les exemples abondent : éjection du
    pertinent impertinent Claude Sérillon des journaux télévisés
    peu avant les campagnes présidentielles, disparition du pertinent
    impertinent Gérard Miller d’une émission à forte
    audience en toute discrétion. La censure directe ou -plus
    vicieux- par autocensure est bel et bien une réalité au
    détriment de la liberté de l’information et par conséquent
    de la liberté tout court. La technologie numérique aidant,
    on peut imaginer un retour massif à une iconographie "officielle"
    ou de complaisance. Cette perspective n’est pas acceptable.

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    Pour une déontologie au bénéfice
    de tous

    La liberté de photographier dans les lieux publics
    est essentielle, avec ses avantages et ses effets secondaires. Tout
    au plus serait-il raisonnable d’y introduire une déontologie
    au bénéfice de tous. Ne nous y trompons pas : bien des
    procédures ne sont motivées que par l’appât du gain
    en parasitisme de professionnels qui abattent un travail réel
    et bien moins rémunéré qu’il n’y paraît.
    Même si le clic-clac d’une image paraît simple à
    réaliser, il est souvent l’aboutissement d’un travail acharné
    sur le fond et de longues années de pratique.

    En protégeant la vie privée dans les lieux
    publics, face à la notion de vérité de l’information,
    notre société n’en sort pas grandie, elle en sort -très-
    diminuée.

    —–

    Epilogue

    Quand vous aurez passé quelques dix à
    quinze minutes à lire cet article, essayez de réaliser
    que pendant ces seules dix à quinze minutes des milliardaires
    gagnent plus que n’importe lequel des litiges évoqués
    ci-dessus, allant jusqu’à une cadence moyenne de 200 euros à
    la… seconde. Quand nos journalistes pourront légalement s’intéresser
    de près à ces personnages, on commencera à parler
    de réalité de la démocratie. Ce n’est pas le cas
    aujourd’hui.

    Ce début d’année
    2002 connait un sursaut de combativité pour le droit de photographier
    avec quelques événements en toile de fond :
    •  La "Marianne
      1968" très médiatisée a perdu son procès.
    •  Le tribunal de
      grande instance de Clermont-Ferrand a conclu le 23 janvier 2002 que
      le Pariou, célèbre volcan d’Auvergne, peut être librement photographié
      sans en référer à ses propriétaires.
    •  "Pour que
      la peur change de camp", le photographe Abbas, l’agence Magnum
      et l’ANJRPC portent plainte pour procès abusif sur une photo
      des Journées Mondiales de la Jeunesse publiée dans "L’Express"
      en mars 2000, ce qui est une première.
    •  La publication
      fin 2001 de l’ouvrage "Plaidoyer pour une presse décriée"
      aux éditions Filipacchi par Philippe Bilger, ex-juge spécialisé
      dans les affaires de presse, dénonce enfin les relations ambiguës
      entre le show-biz et les prétoires.

    Et on se surprend à réaliser que les plaintes
    ne se font jamais au pénal, comme la loi l’autorise. Car si les
    condamnations y sont plus lourdes, les indemnités allouées
    s’avèrent ridicules par rapport à ce que l’on observe
    au civil. C’est donc la preuve -par l’absurde- de l’opportunisme rentier,
    loin d’une volonté de justice, qui motive une majorité
    de plaignants. CQFD.

    Faut-il réellement continuer à leur
    accorder gain de cause ?

    Michel Prik
    Photo 1981

    "La liberté de tout dire
    n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté
    de tout faire"

    Marat
  • La photographie à l’Académie ?

    Les compositeurs, les peintres, les sculpteurs eurent très tôt leurs fauteuils « sous la coupole », mais il fallut attendre jusqu’à peu pour que le cinéma(tographe) y soit représenté.

    La photographie dont les inventeurs ou précurseurs furent pour la plupart peintres, écrivains, dessinateurs ou sculpteurs n’est pas représentée.

    Dans son discours, Arnaud d’Hauterives s’est ému de cette absence et après avoir rappelé que la photographie prenait une place grandissante sur le marché de l’art a déclaré :

    « Je voudrais vous avoir convaincus, chers confrères, qu’un fauteuil attribué à un photographe doit être créé dans notre Académie, impérativement, si l’on ne veut pas avoir la sensation d’être amputés d’une part essentielle de nous-mêmes ».

    Lorsqu’on connaît le poids décisionnel d’un secrétaire perpétuel, gageons et espérons que ce fauteuil sera créé très prochainement.

  • Georges Dadoun / E.N.S. Louis Lumière

    Georges Dadoun / E.N.S. Louis Lumière

    Monsieur DADOUN, vous êtes
    Directeur de l’ENSLL depuis maintenant 5 ans, pouvez-vous faire
    un point rapide sur le positionnement de l’Ecole en formation
    initiale tant au plan français qu’européen ?

    Permettez-moi de faire un point
    sur l’histoire de l’école. L’école est entrée
    dans l’enseignement supérieur il y a 10 ans, elle est
    passée brutalement du secondaire au supérieur.
    Mon rôle aujourd’hui est de continuer à gérer
    ce passage et d’en faire une grande école. Aujourd’hui
    la concurrence est grande dans le domaine de la formation, toutes
    les universités s’équipent pour le multimédia,
    l’image, le son. Si l’école reste isolée dans
    ce contexte nous n’avons aucun espoir de développement.
    La seule façon de faire grandir l’Ecole est de développer
    l’axe de l’enseignement supérieur avec la reconnaissance
    du diplôme en tant que MASTAIR, qui est un diplôme
    européen. C’est la demande que nous avons faite au ministère
    et nous avons de forte chance d’arriver à nos fins.

    Pouvez-vous mieux développer
    la notion de Mastair ?

    Attention, il ne faut pas confondre
    Mastair " air " avec master " er ",
    le distinguo est très important. Monsieur Allègre
    quand il était ministre avait décidé que
    tout étudiant à Bac + 5 pouvait obtenir le Mastair
    et donc une reconnaissance européenne. Il est évident
    que le diplôme de notre école a toute sa valeur,
    mais si l’on veut que nos étudiants aillent travailler
    ou étudier au-delà de nos frontières, il
    faut un diplôme qui soit reconnu partout en Europe.

    A quelle échéance ?

    Je pense que c’est pour cette
    année.

    Un autre point me semble essentiel,
    le développement de l’axe de la recherche. Au sein de
    l’école cela me semble difficile, on n’a pas les infrastructures
    et pas non plus assez les enseignants. Donc nous devons absolument
    nous ouvrir, nous épanouir avec les autres. A l’échelon
    national, en se rapprochant des universités comme le
    DESS que nous préparons avec l’université de Marne
    la Vallée, en prenant des accords avec la FEMIS, les
    Arts et Métiers. A l’échelon international en
    créant des liens comme nous le faisons aujourd’hui avec
    l’Espagne, le Portugal, la Chine.

    Cette reconnaissance que nous
    amorçons va permettre une meilleure appréciation
    des étudiants, plus le niveau de reconnaissance sera
    haut, plus ils trouveront du travail, plus ils seront payés.

    Qu’est ce qui se cache
    derrière le mot recherche pour vous ?

    La recherche s’applique pour
    nous sur des sujets traitant bien sûr de l’image et du
    son. En troisième année les étudiants doivent
    faire un mémoire de recherche, mais il est aujourd ‘hui
    un peu limité car nous n’avons pas les infrastructures
    nécessaires donc nous devons prendre des partenariats
    avec des universités. Encore une fois la confortation
    dans l’enseignement supérieur est la survie de l’Ecole.

    Parlons un peu de la
    concurrence avec les autres Ecoles ?

    L’intérêt de l’Ecole
    c’est qu’elle associe à la fois les aspects techniques
    et artistiques, les autres écoles sont soit artistique,
    soit technique. Louis Lumière propose aujourd’hui sur
    le monde du travail des étudiants polyvalents et pluridisciplinaires
    et c’est une des raisons de la qualité de l’école
    et de sa renommée. Nous avons des élèves
    qui se destinent à la réalisation alors qu’il
    n’y a pas de section réalisation à l’Ecole. Cette
    année Cinefondation a nommé un film de l’école
    au festival de Cannes.

    De quels équipements
    techniques dispose l’école tant au niveau de la photo
    que du cinéma et du son ?

    Les équipements de cette
    école étaient relativement désuets. Depuis
    quelques temps nous avons introduit le numérique avec
    par exemple le montage virtuel tant au niveau du son que de
    l’image. Nous avons mis en place des équipements multimédia
    pour la production de CD-ROM. Nous avons mis sur pied un cours
    spécialisé sur l’image numérique, donc
    on est en train de prendre sérieusement le virage du
    numérique mais ce n’est pas évident parce que
    cela coûte très cher. Je suis actuellement en relation
    avec le conseil régional de l’Ile de France pour nous
    financer le tout numérique à l’Ecole. Ca veut
    dire la création d’un réseau haut débit
    entre les écoles permettant à Louis Lumière
    de s’y greffer.

    Parlons numérique,
    mais surtout du cinéma numérique, comment se développe
    son enseignement à l’Ecole ?

    Au niveau du cinéma numérique
    nous nous sommes rapprochés de SONY qui nous prête
    le matériel et un de leurs ingénieurs vient former
    les étudiants, c’est l’avenir et c’est une approche très
    intéressante au niveau des images et des sons.

    Il n’est pas question demain
    de laisser tomber l’argentique qui a encore de beaux jours à
    vivre.

    Aujourd’hui et par exemple
    pour l’année 2001-2002 quels sont les profils des candidats
    qui désirent intégrer l’Ecole ?

    Oh, ils sont multiples, à
    la fois scientifiques (grandes écoles, fac de sciences)
    mais nous rencontrons aussi des philosophes, des gens de lettres.
    Donc l’éventail s’ouvre grâce à l’évolution
    de l’enseignement qui devient pluridisciplinaire.

    L’Ecole a la réputation
    d’avoir un concours d’entrée très technique et
    quelque part de bloquer les gens qui sont plus littéraires,
    qu’en dites-vous ?

    C’est vrai le concours a une
    dominante technique. Nous y introduisons petit à petit
    des éléments artistiques mais nous devons un peu
    repenser ce concours, je suis sûr que nous laissons au
    bord de la route des gens de talents, mais comment faire autrement
    quand on a 600 candidats pour 50 places.

    Des bruits courent que
    vous avez des problèmes de remplissage avec la section
    photo ?

    Il y a un réel problème
    avec la section photo, il y a de moins en moins de candidats
    et cela est dû à une énorme concurrence
    qui propose des formations sur 3 ou 6 mois. Dans cette optique
    pourquoi s’embêter à faire 3 ans d’études.
    C’est à mon avis la seule réponse, je n’en trouve
    pas d’autre.

    Vous ne pensez pas que
    le métier de photographe est en train de profondément
    évoluer et que l’arrivée du numérique ouvre
    des horizons différents ?

    Nous avons une section photo
    prise de vues mais aussi une section informatique de l’image,
    eh bien là je peux vous dire qu’avant leur troisième
    année les élèves ont trouvé du boulot,
    là c’est un plus.

    Aujourd’hui l’arrivée
    du numérique qu’on le veuille ou non oblige les professionnels
    de l’audiovisuel, des télécoms, de l’informatique
    à travailler ensemble, face à cette constatation
    comment réagissez-vous ?

    Dans 5 ans les trois sections
    photo, ciné et son recevront un enseignement pourvu d’un
    large tronc commun, ça c’est inhérent au numérique.
    Je pense qu’il va y avoir une évolution dans l’enseignement
    notamment grâce à l’arrivée des réseaux
    hauts débits.

    Comment ont évolué
    les enseignants ?

    Une grande majorité est
    en train de passer le pas du numérique. Les enseignants
    se forment petit à petit à cette nouvelle donne,
    certains suivent l’évolution, d’autres pas et à
    côté de ça il y a tout un staff de nouveaux
    enseignants qui arrivent avec des postes de maîtres de
    conférences d’universités. Ce sont des gens pointus,
    relativement jeunes entre 30 et 40 ans. D’une façon générale
    le corps professoral a pour ainsi dire relativement bien évolué.

    L’apport d’expériences
    extérieures est fondamentale dans une Ecole comme Louis
    Lumière, comment ça se passe avec les professionnels ?

    Chaque section est régie
    par une commission pédagogique qui en fonction des cursus
    fait appel à des intervenants extérieurs, environ
    40% du corps enseignant sont des professionnels. Je suis fondamentalement
    pour l’apport extérieur avec des gens qui vivent les
    métiers de l’image et du son au quotidien.

    Quelles sont vos relations
    avec les autres écoles ?

    Avec la FEMIS nous avons un
    accord de partenariat sur la construction des décors
    pour les cinéastes, nous avons fait le même accord
    avec l’école des arts décoratifs de la rue d’Ulm.

    Avec la FEMIS nous sommes en
    train de mettre en place une " Master Class "
    de photographes de plateau, notre partenariat fonctionne très
    bien.

    Quel message avez-vous
    envie de passer ?

    Je pense que vous l’association
    des anciens vous avez un rôle important à jouer
    dans l’enrichissement des programmes éducatifs, il y
    a certainement beaucoup de choses que nous ne savons pas et
    de ce fait nous passons à côté de pleins
    de choses certainement essentielles. Je pense que l’association
    à une partie importante à jouer au niveau du cursus
    pédagogique. Nous nous entourons de professionnels qui
    nous apporte leurs conseils, l’association doit faire pareil.
    Il y a quelque chose que nous avons raté et bien raté,
    c’est l’enseignement du marketing, il faut apprendre aux élèves
    à se vendre.

    En terme de communication,
    vous communiquez peu, et j’ai même le sentiment que seule
    l’AEVLL communique sur l’école, qu’en pensez-vous ?

    Il est vrai que nous avons un
    certain déficit en terme de communication, ça
    toujours été un point faible à l’école.
    Quoiqu’il en soit sachez que nous participons à beaucoup
    d’événements.

    Avec la section photo, nous
    couvrons le Festival d’Arles en réalisant tous les jours
    un journal. On descend une équipe tous les ans avec un
    camion plein de matériel la première semaine de
    juillet.

    Avec la section Cine, nous avons
    lancé avec Marin Karmitz le prix Kieslowski, prix du
    court métrage qui devient un incontournable. Marin Karmitz
    a créé une société de production
    " NADA " uniquement pour ce prix, nous avons
    reçu plus de 1200 scénarii. Les premières
    sélections se font par les étudiants de Louis
    Lumière et ensuite toute la logistique est assurée
    par Louis Lumière.

    Enfin, avec la section son,
    depuis Janvier 2001, France Culture diffuse tous les derniers
    dimanche du mois une émission intitulée " les
    grandes oreilles " réalisée par les
    élèves de Louis Lumière.

    Comme vous le voyez, nous avons
    de la matière pour communiquer !

     

    Propos recueillis par Gilles
    FLOURENS

  • Les films qui ont inspiré Jean-Jacques Annaud

    L’ILE NUE de Kaneto Shindo.

    Les racines du cinéma, c’est de raconter des chose
    avec des images. Et voilà un film très émouvant, et qui n’utilise
    pratiquement pas de dialogue. c’est une chose qui m’avait a beaucoup
    impressionné. Je crois que, sans L’ILE NUE, je n’aurais peut-être
    pas osé faire un film comme LA GUERRE DU FEU.
    Il y a autre chose, dans L’ILE NUE qui me rapproche, par exemple
    de STALINGRAD, de manière secrète, c’est que ça a été
    pour moi, quand j’ai vu ce film, un des moyens de voyager, un des
    moyens d’aller ailleurs, dans un autre univers géographique, dans
    un autre univers mental aussi. Et ça, j’adore. J’adore être
    transporté en tant que spectateur dans un endroit, où je ne peux pas
    me rendre avec un billet d’avion. C’est pour ça que je situe
    mes films souvent dans une époque qui n’est pas la nôtre. Ce qui m’a
    beaucoup plu, dans STALINGRAD, c’est justement de me transporter
    à un endroit où on va peu. C’est en URSS, un pays qui a disparu, et
    à l’époque de cette guerre dont on ne sait finalement très peu de
    choses. On sait à peine qu’il y a eu un front de l’est pendant la
    Seconde Guerre Mondiale. C’est cette curiosité, que j’ai au plus profond
    de moi, qui me comble dans L’ILE NUE. Je ne savais pas bien
    que le Japon était fait aussi de ces petites îles. Je n’imaginais
    pas cette chose là. Ce transport là m’a aussi transporté le coeur.
    Dans MORT A VENISE, il y a un moment aussi où, après une heure
    de film, il y a un sourire. C’est la première fois que le protagoniste
    sourit et c’est complètement bouleversant. Dans L’ILE NUE,
    la scène de la gifle, si soudaine, si imprévue, produit un effet similaire.
    Cette gifle, elle aussi, vient après un long moment de silence, un
    long moment d’effort où on comprend quel est le prix de l’eau. Elle
    vient comme un coup de tonnerre. C’est un séisme dans ce monde calme.
    Ca aussi, c’est vrai que c’est une des magies de ce film très particulier.

    RASHOMON de Akira Kurosawa.

    Mes parents, qui étaient des gens qui n’avaient pas
    beaucoup de culture, néanmoins lisaient les critiques cinématographique
    dans le seul magazine auquel nous étions abonnés. C’était La Vie
    du Rail
    , parce que mon père était cheminot. Les critiques étaient
    faites par un type très bien qui s’appelait Charensol. Il qui avait
    un goût exquis, et mes parents suivaient ses conseils. Ils faisaient
    ça pour moi, pour me donner la culture qu’ils n’avaient pas eu. Ainsi
    on m’a emmené voir RASHOHON. J’étais gamin. J’avais été complètement
    fasciné de découvrir qu’il y avait autant de point de vue sur un événement
    que de spectateurs. La fragilité du témoignage historique s’applique
    encore à mon film STALINGRAD. Il est basé sur une anecdote
    infiniment célèbre, célèbre au point que cinquante livres les rapportent,
    que, là-bas en Russie, l’homme qui en est la vedette est une célébrité:
    il a sa statue dans les carrefours. Mais d’autres historiens disent
    : Attention, l’anecdote est trop belle pour être vraie, elle est peut-être
    une manipulation des services de propagande. RASHOHON est au
    coeur de ça, du témoignage, de l’idée qu’on veut donner de
    soi, du mensonge qu’on se fabrique pour se rassurer, de la distorsion
    de la réalité qu’on s’invente pour s’accepter.
    il n’y a pas de vérité, il n’y a pas UNE vérité. Il y a une multiplicité
    de points de vue qui constituent les apparences momentanées de la
    vérité. Ca, ça me plaît fondamentalement. RASHOMON un
    film de chevet que je revois tous les ans.

    LES SEPT SAMOURAIS de Akira Kurosawa.

    Là alors, ce qui me plait, c’est ce qui continue à
    me plaire dans le cinéma. Il y a une histoire formidable. Il y a une
    tension, qui est une tension de western, mais on plonge dans un univers
    historique qui m’amène à découvrir ce qu’était le Japon de l’époque.
    Ca me plait d’être charmé ou enthousiasmé ou ému ou hurlant de rire,
    pendant deux heures que dure le spectacle cinématographique. Une fois
    que ça s’arrête, j’emporte les images avec moi et j’ai le sentiment
    d’avoir appris quelque chose sur l’histoire de l’homme et l’histoire
    du monde. Là est mon enchantement. Ce que je voudrais, c’est voir
    un film comme ça par jour. Même un par mois, ça m’irait.
    Hélas, le genre n’existe plus guère car, pour des raisons très variées,
    on en arrive à une espèce de concentration sur des films de pur divertissement
    où, généralement, il n’y a pas ce second plan, pas de noyau dur, pas
    de racines. J’essaie de me battre, pour garder cette chimie que je
    crois merveilleuse entre les éléments de pur spectacle et de pure
    tension dramatique avec un contenu. Pas seulement du contenant, pas
    seulement le paquet-cadeau, mais le cadeau à l’intérieur du paquet.

    DERSOU OUZALA de Akira Kurosawa.

    J’ai une telle passion respectueuse pour ce film,
    que j’ai fait acheter une copie de ce film, que je projetais à tous
    les techniciens et à tous les acteurs qui signaient leur contrat de
    LA GUERRE DU FEU. Je voulais que tout le monde sur mon plateau
    ait vu ce film, de façon à comprendre le rapport entre l’homme et
    la nature, entre le gros plan et l’espace, entre la valeur serrée
    sur les personnages et le traitement des plans larges. C’est les deux
    largeurs qui comptent au cinéma. Le reste, c’est tout du plan intermédiaire.
    Ca n’a pas de véritable sens.
    Ce qu’il y’a de fabuleux, –en tous cas pour moi, pour mes yeux à
    moi–, c’est de venir capter les milliards de combinaisons possibles
    d’un visage. Alors ça, c’est vrai que c’est un paysage. Moi
    qui aime les paysages, je ne me lasse jamais du paysage d’un visage.
    Parce que c’est un paysage changeant. C’est comme un paysage sous
    ces lumières magiques d’Irlande, par exemple, où vous avez des nuages
    qui passent, des rayons de lumière. C’est ça qu’il ya sur un
    visage. Et ça, dès que vous êtes un peu plus large, vous le
    perdez.
    Ce que j’aime utiliser, moi, c’est l’extrême gros plan. Parfois, je
    garde la bouche parce que, évidemment, ce qu’exprime la bouche, les
    commissures des lèvres, est très important. A l’autre extrême je suis
    fasciné par l’espace, l’immensité. Je pense que le cinéma est un des
    arts qui sait capturer la dimension émouvante du monde, le capter,
    l’apprivoiser presque. En tout cas, faire plonger le spectateur dans
    cet espace me semble une chose qu’a réussi Kurosawa d’une manière
    phénoménale dans DERSOU OUZALA. C’est un film de solitude,
    aussi. Et la solitude, c’est quelque chose que j’aime. L’OURS,
    c’était différent. C’est un film de chasse. Dans DERSOU, il
    y a aussi la chasse, mais c’est pas ça qui m’a plu. Ce qui
    m’a plu, c’est ce rapport d’amitié au milieu de deux personnes qui
    n’ont rien pour se comprendre et qui, pourtant, vont s’apprécier.
    Il y a une image inoubliable qui me fait frémir. A la fin de la première
    partie, Dersou s’en va. Ce vieux chasseur s’enfonce dans la neige
    et, d’une manière toute simple, le militaire russe crie son nom :
    « Dersou !.. » Derzou se retourne, il répond à pleine gorge: « Capitaine… »
    Dans l’espace, comme ça. Ils sont tout petits dans le décor.
    Ils sont immenses dans les coeurs. Je trouve bouleversant cette simplicité
    là. J’ai beaucoup vécu en Afrique, j’ai beaucoup vécu dans des lieux
    très solitaires et je sais la force de ces liens-là avec l’espace
    vierge. DERZOU a inspiré LA GUERRE DU FEU. Je n’y ai
    jamais pensé pour L’OURS. Par contre, évidemment, L’OURS
    est l’héritier direct de LA GUERRE DU FEU. Les deux films sont
    en prolongement. Beaucoup de gens ne comprennent pas du tout pourquoi
    j’ai fait L’OURS. Ils croient que c’était parce que j’aimais
    les nounours, ou que je suis une sorte de Brigitte Bardot plantigrades.
    C’est pas du tout ça. J’avais envie de m’intéresser à la pensée
    et aux émotions du règne animal. Ca m’est venu en faisant les recherches
    anthropologiques sur LA GUERRE DU FEU, après avoir lu tout
    ces livres sur le comportement des sociétés très primitives. Quand
    je parle de sociétés primitives, c’est autant des sociétés humaines
    ou des sociétés de fourmis. C’est des mécanismes très semblables et
    c’est pour ça que ça m’a conduit tout droit vers L’OURS.
    En tout cas, DERSOU c’est un film qui compte immensément pour
    moi.

    VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER de Michael Cimino.

    C’est un film impressionnant. D’abord, il y a des
    scènes magnifiquement réussies, des scènes d’une très grande violence.
    C’est aussi comme ça que je vois la guerre. Il y a, dans ce
    film-là, des images que je n’oublierai jamais. Vers la fin, les images
    de la roulette russe, sont vraiment étonnantes, ainsi que les images
    de cette torture psychologique dans cette cabane, au-dessus de la
    rivière. Moi, j’aime beaucoup, beaucoup l’Asie. Ce qui me fascine,
    dans l’Asie, c’est que la culture asiatique va très très loin dans
    l’horreur de la violence. C’est pour ça qu’on a créé là-bas
    la religion qui est son antidote: le bouddhisme. Il faut bien comprendre
    que le bouddhisme est une réaction à cette extraordinaire barbarie
    qui, si on l’avait laissée libre, aurait abouti à l’anéantissement
    des races asiatiques. Je trouve que Cimino a très, très, très bien
    fait ressentir cette violence à fleur de peau. Il y a un esprit, là-dedans,
    qui doit transpirer dans STALINGRAD, le dernier film que je
    viens de faire, dans cette espèce de barbarie de la guerre, dans ces
    crimes que l’on arrive à faire parce que la violence est banalisée,
    parce que l’horreur est quotidienne et que, du coup, tout devient
    facile et faisable. La génération perdue que l’on retrouve effectivement
    dans STALINGRAD. VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER est un film
    qui m’avait beaucoup impressionné, à l’époque. En plus de ça,
    il y a ce parallèle avec le chasseur du début. Je rappelle qu’en VO
    le film s’appelle « THE DEER HUNTER« .
    Alors que je ne suis pas du tout chasseur, que je n’ai jamais manié
    d’arme à feu, je sens en moi cet instinct de chasse. Je crois que,
    dans mon cerveau reptile, j’emmène avec moi le souvenir des temps
    barbares où il fallait, pour vivre, que je sois à l’affût, en train
    de guetter avec une pierre, et que je fracasse la tête d’un bébé animal
    qui passait par là. J’imagine qu’il y a de ça et que je ne
    veux pas l’ignorer. Ca fait partie de l’ensemble de la bête.

    APOCALYPSE NOW de Francis Ford Coppola.

    Avant d’admettre qu’un film est un film fondateur,
    on a besoin que le temps passe. Il est certain que je n’avais pas
    adoré APOCALYPSE, quand c’était sorti. J’avais trouvé la fin
    confuse. Mais il y a une force qui demeure. Il y a une violence, une
    folie que je n’ai pas oublié. Peut-être aussi le fait que je viens
    de faire un film qui se situe dans un cadre de guerre fait que, alors
    que je n’ai pas revu le film depuis des années, c’est clairement un
    des films qui m’a marqué avec des scènes, elles aussi, inoubliables,
    qu’on emporte avec soi pour toujours. Mon ami Umberto Ecco me disait
    souvent ça : la plupart du temps je n’ai pas le souvenir de
    quoi le film parlait, mais j’ai le souvenir de quelques images et
    ça me suffit. Et ça c’est vrai, qu’on a quelques images
    très fortes d’APOCALYPSE.

    DROLE DE DRAME de Marcel Carné.

    C’est divin, DROLE DE DRAME. Quand je pense
    que les gens ont cassé les sièges du cinéma, tellement ils étaient
    furieux. Ils ont trouvé le film nul. Le film a été un désastre commercial
    et, pourtant, c’est d’une drôlerie, d’une bizarrerie, d’une éternelle
    modernité iconoclaste… Entre Jouvet, Michel Simon, qui cultive ses
    mimosas carnivores, l’autre, qui est un tueur de bouchers. C’est un
    film d’adolescent. C’est ça qui est formidable. C’est un film
    d’étudiant, de carabin presque. Il y a une bizarrerie qui, en plus
    de ça, répond assez bien à une époque. En chanson –il est
    plus tardif– mais j’adorais Bobby Lapointe. C’était un chanteur inspiré,
    marginal, loufoque.
    DROLE DE DRAME est un film loufoque. Je crois que c’est une
    des plus belles comédies que nous avions fait en langue française.

    CINEMA ITALIEN.

    Mon deuxième film, COUP DE TÊTE, était un film
    qui était un « coup de chapeau » au cinéma italien. j’ai fait de mon
    mieux pour me rapprocher de ce cinéma social qui avait tellement d’humour
    et parfois un vrai cynisme.

    AMADEUS de Milos Forman.

    J’ai un rapport très amical avec Milos Forman, qui
    est quelqu’un pour lequel j’ai beaucoup d’admiration, qui n’est pas
    tout à fait de ma génération. J’ai le respect pour lui d’un grand
    ainé -quoique à mesure que le temps passe la différence d’âge s’amenuise.
    C’est quelqu’un dont j’admire la carrière, qui a toujours été un cinéaste
    incroyablement honnête, qui a fait des choses très variées dans sa
    vie.
    Notre danger, à nous cinéastes, c’est d’être labellisés, de devenir
    des monolithes et faire toujours le même film. Lui a toujours essayé
    de faire des choses différentes. Je partage avec lui beaucoup de choses,
    en particulier le fait d’être européen et de me battre pour
    une certaine idée du cinéma. En ce moment, c’est pas tellement facile.
    On en parle souvent, avec Milos. Lui a fait le choix d’habiter les
    Etats-Unis, moi non. Mais, tous les deux, on se bat pour un cinéma
    qui soit un cinéma personnel quoique un cinéma fait avec les moyens
    matériels qui nous permettent de nous battre avec des films qui n’ont
    pas les mêmes ambitions, parfois, que ceux qu’on a envie de faire.
    Je pense qu’AMADEUS est une très, très grande réussite. C’était
    une très belle pièce de théâtre, il faut dire. Mais c’est un film
    sans acteurs véritablement célèbres, sur un thème qui est quand même
    beaucoup plus compliqué qu’on le croit. C’est pas un film sur Mozart,
    c’est un film sur l’injustice de Dieu. C’est quand même un sujet délicat!
    Donner autant de bonheur à autant de gens autour du monde sur un sujet
    aussi particulier m’impressionne. Ca me plairait qu’il y ait plus
    de films comme ça.

    JJA

  • CARTE BLEUE ET INTERNET

    La sécurité du système CB est mise à mal depuis quelques temps. Le GIE des cartes bancaires ne peut le nier puisque le cryptage est désormais fait sur 126 bits au lieu de 40 bits l’année dernière.
    Mais les terminaux des commerçants sont-ils à jour ? A 6000 FRF le morceau, il est peut probable qu’ils veuillent encore changer de terminal puisqu’ils l’ont déjà changé cette année pour cause d’Euro et d’an 2000. Et toutes les cartes en circulation ne bénéficient pas de ce codage puisqu’elles ont désormais 2 ans de validité.
    De plus, les assureurs ont refusé de reconduire le contrat les liant au GIE, celui-ci expirant au 1er avril (ce n’est pas un poisson). Ce contrat assurant le GIE à hauteur de 500 MFRF a été prorogé de 45 jours, le temps de faire une expertise.

    La fraude aux CB, avouée par le GIE, est de 0,02% du montant des transactions; soit 178 M F pour 883 Md F de transactions en 1999. En réalité, elle serait 17 fois supérieure ! En effet, dans son immense pudeur, le GIE ne prend pas en compte les fraudes dont sont victimes les porteurs français à l’étranger, celles dont sont victimes les porteurs étrangers en France, les fraudes aux distributeurs (90% des distributeurs n’utilisent pas la puce électronique mais la piste magnétique) ainsi que les fraudes sur Internet.

    Belle désinformation que le mensonge par omission.

    Rajoutons-en une couche en indiquant que les fraudes sur l’American Express ne sont pas comptabilisées puisque l’AMEX ne fait pas partie du GIE…

    2500 plaintes par jour seraient déposées auprès des banques pour utilisation frauduleuse sur Internet. Mais que sait-on des transactions sur Minitel, par fax ou par courrier ?

    Pour clarifier tout cela, je dirai que les sites Internet sérieux, ayant pignon sur rue (j’en suis un utilisateur régulier: Interflora, Billets de théatre, Logiciels, VPC de CD audio, etc.) avec transaction sécurisée ne posent pas de problème. Mais je ne saurais trop vous conseiller ceci :

    Pas de transaction sur pages non sécurisées.

    Pas de communication de N° de CB en clair pour « entrer » sur un site (porno en général) et attention aux enfants indélicats ou inconscients qui savent où vous rangez votre CB. Vous faites pas de bile, ils sont plus futés qu’on ne le croit et, juridiquement en France, il n’y a pas « Vol » au sein d’une famille, donc pas de plainte recevable.

    Destruction du contenu du dossier CACHE des navigateurs internet après transaction, même sécurisée. Les navigateurs disposent en effet d’un dossier cache stockant les pages consultées, jusqu’à un certain volume. Ce volume est réglé automatiquement à l’installation de ces navigateurs. Plus votre disque dur est « grand », plus le cache le sera (il peut atteindre 200 Mo, mais vous pouvez le régler vous-même). Or ces pages sont consultables hors ligne par des petits camarades de bureau qui peuvent vous vouloir du bien…

    Enfin, histoire de vous paniquer totalement, sachez que TOUS les commerçants ont dans leur tiroir caisse vos facturettes CB comportant TOUTES les informations nécessaires à la commande par correspondance. En cas de fraude, n’accusez tout de même pas le commerçant (et lequel, d’ailleurs ?), ils peuvent s’être faits braquer et il y a AUSSI des employés indélicats …

    Que se passe-t-il en cas de fraude ? Sachez qu’en France, le consommateur est un des plus protégés du monde. Les transactions effectuées ne sont valables que si elles sont signées de la main du porteur (le code secret de la CB est une signature). En d’autres termes, la transaction frauduleuse sera débitée (ben oui, il n’y a pas le choix) mais, après dépôt de votre réclamation, vous serez recrédité. Mais faudra attendre au moins 3 mois. D’ici là, bonjour les découverts.

    Alors, dernier conseil : n’attendez pas votre relevé de compte mensuel pour savoir où vous en êtes parce qu’il sera trop tard. La plupart des banques proposent la consultation des comptes par Minitel et/ou Internet pour un coût qui reste modeste (pour l’instant) par rapport aux services rendus.