• De l’argentique au numérique

    De l’argentique au numérique

    Comme un certain nombre d’autres, ma famille a traversé le XXème siècle à travers trois générations de photographes et vécu ce moment de l’histoire des arts graphiques que fut le « le temps de l’argentique ».

    Les premiers hommes ont dessiné des images sur les murs de leurs grottes et quelques exemples émouvants sont parvenus jusqu’à nous.
    Depuis Léonard de Vinci, on savait voir les images dans la chambre noire, mais on ne savait pas les fixer.
    Après bien des recherches, des essais dans des laboratoires qui n’étaient que des greniers ou des soupentes, c’est le procédé qui reposait sur la sensibilité des sels d’argent à la lumière qui allait s’imposer…
    Avec Niepce, Daguerre, Fox Talbot et quelques autres, on allait faire un grand pas vers l’invention de moyens de reproduction « mécanique » des images. L’élan était donné avec la popularisation du procédé par G. Eastman en 1888.

    Et le gélatino-bromure d’argent a traversé le XXème siècle.

    Dans les années 1900, mon grand père, Emile VALERY s’installe à Paris, au 40 de la rue de Rivoli, au dernier étage d’un immeuble, là où il y a une verrière, et il fait le portrait des clients qui viennent à son studio. En 1929, son fils Léon, après avoir terminé la guerre 14-18 dans les services naissant de la photo aérienne, reprend le studio. Mais rapidement il quitte Paris en 1931 pour une petite ville de province, Pithiviers et rachète le fond d’un peintre/photographe VENEL.

    1939 : la guerre, les années noires. Au retour de l’exode, on retrouve le magasin pillé, les allemands installés dans le laboratoire. Puis c’est la pénurie, plus de plaques, plus de papier photo, plus de travail… à moins qu’avec la débrouille on arrive à s’approvisionner.

    Après la guerre les affaires reprennent. C’est le règne du Rollei, du Super XX et du Kodachrome.

    En 1948 (promotion 1950), je rentre à Vaugirard. Ce sont deux années qui laissent bien des souvenirs. Sous la houlette de A.H. Cuisinier, de Messieurs Lecaille, Pierre Montel et Roumanes, R. Mauge étant notre Directeur, nous allons apprendre la photographie. Les techniques sont encore celle d’hier : photo sous la verrière, appui-tête !!! Mais les bases du métier sont données : maîtrise de travail à la chambre, éclairage, composition, rigueur dans les travaux de laboratoire. De photo couleur on ne reçoit qu’une instruction livresque et, cerise sur le gâteau, nous avons droit, en fin de deuxième année, à faire chacun un (1) autochrome !

    C’est une période qui semble aujourd’hui irréaliste. Pour les jeunes que nous étions, tout semblait possible, on avait l’avenir devant nous quelque soit la voie qu’on allait emprunter… et on avait 20 ans.
    Après avoir travaillé aux côté de Messieurs Pichonnier et Michaut qui viennent de fonder Photo-Ciné-Stock , au décès de mon père, je reviens à Pithiviers reprendre un fond de photo en plein développement.
    Après la guerre, le studio au jour avait été équipé avec la lumière électrique. Les spots (Cremer) vont l’éclairer avant d’être remplacés par des flashes. A côté des activités de portraitiste et de négociant, c’est la photo industrielle qui m’intéresse. J’ai accompagné (photographiquement), le développement industriel de toute notre région après la guerre. C’était les trente glorieuses.

    Je vais aussi m’intéresser à la photo couleur. Au début, je dois préparer les bains moi-même avec des produits chimiques achetés chez Prolabo. J’ai la chance de retouver un ancien de Vaugirard chez Gevaert qui accepte de me vendre du papier. Et je me mets au travail … avec des filtres gélatine et quelques cuvettes. Un ami installé aux Etats-Unis m’apporte, quand il vient à Pithiviers, des matériels et des films Poraroid alors introuvables en France.
    C’est aussi le temps des stages qui se multiplient : chez Kodak à Paris, Gevaert à Anvers, Paillard à Sainte Croix, Linhof à Munich..
    Après mon départ à la retraite (1994), le labo des années 80 est transformé en minilab. Bientôt il se vend plus d’appareils numériques qu’argentiques. C’est une époque qui se termine.

    Avec le nouveau siècle, arrive le temps du numérique.

    Au début de l’été 2009, deux évènements vont sonner le glas d’une technologie qui a marqué le siècle. On apprend en même temps la fin de la fabrication du Kodachrome – ce film mythique – et l’arrêt quelques mois avant de fêter son centième anniversaire de la parution du ?Photographe? qui était un peu le Journal Officiel de la profession.

    Ayant quitté officiellement mes activités professionnelles, je me sens cependant toujours concerné par ce métier et j’ai voulu voir et comprendre la nouvelle technologie qui se développait.
    Je me suis équipé en numérique et pour maîtriser quelque peu cette nouvelle (pour moi) technique, je me suis plongé dans les livres de René BOUILLOT (il était à Vaugirard la promo avant moi).
    Aujourd’hui, je constate que le numérique ça marche et plutôt bien.. mais je fais tout de même des réserves en ce qui concerne la pérennité des images. Le changement ultra rapide des supports (successivement 2 formats de disquettes, le CD, puis le DVD, le Blue Ray, les cartes CF, SD, SDHC, MS Duo, clé USB…) et des logiciels d’exploitation n’en finit pas. Et les supports se révèlent peu fiables en ce qui concerne leur conservation (panne de disque dur, DVD illisibles). C’est le talon d’Achille du système.

    Même si je ne suis plus vraiment concerné (les années sont là), cela ne m’empêche pas de réfléchir à ce que peut devenir notre profession. Bien sûr je me place surtout au plan de la photo, c’est mon métier, pas le cinéma, mais je crois que les fondamentaux sont les même.
    Que le photographe de 2050 soit très différent de ce que nous avons pratiqué, c’est certain.
    Fini nos activités d’artisans qui photographions tous les âges de la vie : les photos de bébé, les communiants, les militaires, les groupes de famille et bien sûr les mariages. Les gens font ce travail (pas le même, mais ça leur suffit !) avec leur téléphone.

    L’avenir de la profession, il faut le placer dans la réponse à une question simple :
    la civilisation de l’image, qui se développe de plus en plus, aura-t-elle besoin de photos ?

    La réponse est évidement oui, qu’il s’agisse de montrer le monde et de porter témoignage (photo de reportage) de vendre des produits (photo publicitaire), de suivre l’évolution de travaux ou de procédés (photo industrielle et scientifique) de décorer nos bureaux ou nos appartements (photo d’illustration) de garder la trace de moments éphémères (photo de constat) de donner envie d’acheter ou d’adhérer à une cause (photo de mode et affichage). Les dirigeants d’entreprise, les spécialistes du marketing, les politiques, les ingénieurs, les éditeurs, les patrons de presse n’auront pas seulement besoin de photos, il leur faudra de bonnes photos, pas de photos volées au coin d’une rue sur un camphone par un prétendu photographe du dimanche, mais des photos qui atteindront le but pour lequel on les a commandé.
    Bien sûr les supports de diffusion de nos images vont changer. Quelle sera la part de la presse, de l’édition, du prospectus, de la télévision, d’internet ?

    Il y aura encore besoin de professionnels qui auront une parfaite maîtrise des techniques photographiques. Et je ne pense pas là au nombre des pixels du capteur de l’appareil ou au dernier logiciel de retouche. J’estime plutôt que le futur photographe professionnel sera celui qui saura domestiquer la lumière, trouver l’angle favorable, saisir l’expression du sujet, repérer le point de vue intéressant, choisir la focale pour décider de la perspective, jouer des bascules et décentrement.

    Oh, comme les leçons de Vaugirard, même si la vieille Ecole est devenue l’ENS Louis-Lumière, seront toujours d’actualité.

    Bernard VALERY

    Photo 1950

  • Projetons nos métiers en 2025

    Projetons nos métiers en 2025

    Beaucoup de camarades ont reçu la collaboration de stagiaires venus soit des écoles nombreuses qui se sont crées dans les trente dernières années soit d’apprentis alliant l’apport d’une formation structurée et l’opérationnalité pragmatique de la formation sur le tas.

    A chaque nouveau, arrivant ou arrivante, le constat était identique : les connaissances devaient sans cesse être renouvelées ; et ces jeunes en s’insérant dans chaque profession faisaient à leur tour le constat qu’à ces nouvelles connaissances à assimiler, de nouvelles pratiques impactaient irrémédiablement les anciennes.

    En plus des connaissances supplémentaires à acquérir, dans le même temps, il s’opérait une réduction drastique du nombre de personnes participant aux activités et aux tâches de productions, que celles-ci touchent la photo, le son ou l’image. La notion de collaboration d’équipe pour produire et continuer d’apprendre dans l’action de l’expérience et pouvoir ainsi prétendre à une maîtrise des métiers, cette notion de collaboration qui passait par des positions d’assistant a presque entièrement disparu de nos jours.

    Mieux décrire les fondamentaux de nos métiers et l’organisation qui les sous-tendent, c’est l’objet de cet appel. Et ce qui légitimerait ces fondamentaux, c’est qu’ils émaneraient d’un grand nombre d’entre nous et seraient alors le fruit d’une réflexion commune et d’un échange de professionnels.
    En vous appuyant sur votre expérience professionnelle et relationnelle dans votre secteur d’activité (Photo – Cinéma – Son) et en prenant en compte la contrainte (et le nouveau paradigme) du passage à un univers dominé par des ordinateurs et des fichiers numériques, nous souhaitons vous voir nombreux à répondre à la question suivante :

    Comment voyez-vous la pratique du métier qui fut ou qui est encore le vôtre dans les 10 à 15 ans qui viennent, c’est-à-dire en 2025 ? < Sur notre site internet, vos contributions pourront être lues, comparées et discutées et nous espérons que certains parmi nous auront à cœur d’en faire une synthèse pour le bien de tous.
    À vos plumes, clavier ou autres ! Faites profiter les autres de votre vécu, de votre expérience, de vos réflexions sages, réalistes et mieux encore d’une vision utopique !

    Dominique Bloch (Ciné 1967)

    – En réaction à cet article, Bernard Valery (Photo 1950) nous a écrit.

  • Louis Fontaine témoigne

    Louis Fontaine témoigne

    Quand au lendemain de la guerre je suis entré rue de Vaugirard, l’E.T.P.C de ce temps-là, j’avais été contraint d’abandonner mes études pour des raisons familiales avec deux années de grâce. J’aurais souhaité faire l’Ecole de Journalisme et, à défaut, je pensais que la photo me permettrait d’approcher ce prestigieux métier.
    Hélas, l’enseignement donné à cette époque, rue de Vaugirard, correspondait, à peu de choses près, aux bases héroïques de la photo triomphante des années 1900 et s’adressait surtout à des fils ou filles de commerçants photographes dont je n’étais pas.

    Alors que la guerre avait permis des avancées techniques considérables, notamment en couleurs, tant en Allemagne qu’aux U.S.A., l’équipe dirigeante de l’école, relativement âgée et faute certainement de moyens dus aux pénuries, se contentait d’enseigner le portrait à la lumière du jour, les pratiques du virage sépia et bien d’autres techniques, certes, très artistiques, mais déjà complètement dépassées. Le seul traitement couleurs pratiqué fut celui du «~Lumicolor~», à la fécule de pomme de terre, dont je conserve encore la diapo du Pont-Neuf~!

    Ma promotion, si j’ose dire, fut celle de 1945/1947. Elle connut le départ de Paul Montel et la direction de Robert Mauge. Elle s’illustra malencontreusement en seconde année par une grève des élèves pour des raisons oubliées. Je pense me rappeler encore de la plupart de nos professeurs, le plus important étant le célèbre A.H. Cuisinier, puis Lecaille, Rehm, Petit et Pierre Montel. Beaucoup des noms de mes condisciples, surtout en section photo, sont encore présents à ma mémoire et en ciné après Jean Sigfried, c’est surtout celui de Pierre Tchernia qui surnage, tant sa participation à la revue de fin d’année 1947 nous avait émerveillé par ses imitations, notamment celle du fameux A. H.Cuisinier.

    Inutile de vous dire que ces études photographiques furent pour moi assez peu profitables et si j’obtins un C.A.P. ce fut pour trouver péniblement un poste de laveur de cuvettes dans une petite maison de cartes postales.

    Cette époque nécessitait de faire son «~service militaire~». Je fus, dès mai 1948, envoyé au Maroc dans un régiment de Tirailleurs et, malgré beaucoup d’efforts pour être muté au Service Ciné-Photo de l’Armée, je n’obtins ce changement qu’après mon retour dans le civil~!

    A la recherche d’un débouché professionnel, j’entrepris alors de me porter volontaire pour entrer au bureau directeur de l’Association des anciens élèves, dirigé par Marcel Ascoli avec qui je collaborais, notamment pour éditer le nouveau sigle de l’Association que vous conservez toujours. J’y connus Armand Duminy dont le magasin jouxtait l’Ecole, Claude Despoisse, André Lavenant et Melle Breton… , beaucoup d’autres.
    Combien de temps fus-je fidèle aux réunions du bureau ? Les très anciens numéros du Bulletin de liaison (N° 91, 92…), alors mensuels pourraient le dire. Je cherchais surtout une façon de peser sur mon avenir et je le trouvais grâce au Cercle de la Librairie, boulevard St. Germain à Paris, où je suivis des cours de perfectionnement sur l’Offset. Cette nouvelle technique d’imprimerie à bases photographiques gagnait tous les ateliers d’imprimerie et notamment la presse. Elle était «~in~».

    Pour faire court je vous dirais que cet aiguillage me permit de faire carrière dans l’imprimerie et l’édition, tout en conservant des relations amicales avec des anciens de Vaugirard comme Jos le Doaré, Jacques Lodenet ou François Blin. Alors qu’à une certaine époque des années 1960, je dirigeais une imprimerie d’éditions, je repris contact avec Pierre Montel et lui proposais d’imprimer la revue Photo-Cinéma. Cette publication fut très correctement imprimée pendant deux ans avec mon concours. J’ai ensuite trouvé l’occasion d’animer provisoirement le réseau commercial d’un important laboratoire couleurs publicitaire et suis finalement entré au bureau parisien du groupe Bertelsmann où cette fois j’ai eu la direction du service commercial et les relations clientèle des éditeurs et agences de pub. Après douze ans de ce métier j’ai fondé ma propre maison d’édition que j’ai dirigée pendant dix ans avant de la vendre à un successeur fixé en Bretagne où elle perdure encore.

    Ayant écrit et publié une vingtaine d’ouvrages (régionaux, pour la jeunesse, pour les idées), inutile de vous dire que je suis très ignorant des nouvelles techniques, le numérique et les autres… tant du reste en photo-ciné qu’en imprimerie. Depuis vingt ans la terre tourne trop vite pour moi~!

    Je suppose que ce raccourci de carrière professionnelle qui s’est largement coupé de la photo et du cinéma est inintéressant, comme mauvais exemple à ne pas suivre à L.L.~!
    Je vous l’adresse cependant à titre d’explication et de remerciement pour vos envois gracieux et au cas où quelques souvenirs conservés (photos, bulletins) pourraient servir à conforter la mémoire collective ou bien celle de quelque survivant~?

  • Direction « La Maison jaune »

    Direction « La Maison jaune »

    Devant l’objectif de la caméra

    Avant ce périple, nous sommes allés informer du convoi les différents participants au film. Je me plaçais alors derrière Amor Hakkar pour saisir les visages, la parole. Lors d’une rencontre avec un groupe, je décide de changer d’angle de prise de vues : de faire un contre champs. L’ensemble du groupe se déplace alors pour se présenter face caméra. De manière générale, les personnes filmées se posaient face à la caméra.

    De même Monsieur Laïche (le propriétaire de la maison jaune) était fier d’exposer à la caméra ses photographies de jeunesse, et de se faire filmer avec. Une joie à se présenter et une générosité à aller vers l’autre se dégagent de cette attitude. La caméra représente un peu la communauté à qui l’on s’adresse. Cette forme de don de soi est d’ailleurs l’un des sujets du film La Maison jaune : le travail du deuil s’accomplit à travers les dons d’autrui. L’alliance de ces deux thèmes construit une réflexion vivifiante sur la mort d’un être aimé. Il n’est pas donc si étonnant de retrouver cette « couleur » dans le réel qui a inspiré la fiction.

    Le revers à cette générosité réside dans le fait que nous, venant de France, avec notre caméra, sommes perçus comme des gens opulents, ayant par conséquent un rapport privilégié avec les hommes politiques locaux, voir nationaux. La caméra tend alors à représenter la communauté au sens d’état, d’administration à qui l’on quémande. Suite aux aides du président Bouteflika, Monsieur Laïche a construit une maison en béton à côté de sa maison en torchis, maison qui avait servi de décor au film. Lors du documentaire, il s’adressa trois fois à la caméra pour remercier le walli (le préfet) et lui demander de lui construire aussi un escalier et un mur…

    Derrière l’objectif du projecteur

    Accomplir quatre heures de route pour voir un film, même dans lequel on a joué ne fait pas parti des usages locaux. Sur l’ensemble des participants, seuls deux avaient décidé d’aller à Sétif, avant la proposition d’Amor Hakkar. Dans ces deux familles, les enfants exerçaient une pression pour voir le film.

    Au final, la plupart des acteurs non professionnels ont accepté l’offre d’aller à Sétif voir La Maison jaune . Petit phénomène de résonance, les montagnards de Tamza ont préféré envoyer leurs fils.

    Une question importante se posait pour certains « chefs de famille » : Puis-je emmener ma femme, mes filles, mes garçons à ce spectacle ? La communauté ne va-t-elle pas parler sur moi et me juger comme un faible, comme quelqu’un qui ne tient pas sa famille ?

    Ainsi sur ces photographies joyeuses de l’héroïne du film avec son père, il faut voir aussi l’absence d’une mère, des frères et sœurs restés au foyer, selon la bienséance du père. Heureusement cette attitude s’est révélée minoritaire. La télévision Algérienne parlait du Festival, chaque soir et exerçait un pouvoir d’attraction. Pouvoir qui a permis sans doute d’ôter ce complexe de représentation. Car la télévision est presque par définition, l’organe de représentation d’une communauté sur elle même.

    Pour monter dans le bus, la plupart des participants s’étaient mis sur leur trente et un, d’autres moins nombreux avaient gardé leur cachabia, un avait revêtu le costume du film : l’imam du garage, qui dans le réel n’est pas imam.

    Les bouts de madeleines qui germent

    Comment le film a-t-il été reçu ? Que reste-il du tournage, de la projection ? A toutes ces questions culturelles, le silence des sourires de fin de projection apporte peu de réponses. Sans doute certains étaient plus heureux de se voir à l’écran et de monter sur scène à la fin de la projection que de voir le film, d’autres heureux de bien manger, et de voir un vrai bon film Américain au retour dans le bus. Peu de réponses parviennent à s’extraire de ces sourires énigmatiques pour rassasier nos petits esprits occidentaux. En somme qu’est que l’art, la poésie par rapport à la faim ? Rien et tout.

    Mohamed me dit que le film est parfait, mais qu’à un moment l’actrice principale, une professionnelle dit un mot en Arabe au lieu de le dire en Chaouia. Pour lui, c’est la seule erreur du film. De manière générale, quelques critiques parviennent sur des éléments peu vraisemblables, ou contraires à la bienséance. Mais que reste t-il vraiment du film ?

    En guise de réponse, cette petite histoire. Durant le tournage de La maison jaune, un garçon de seize ans, qui ne s’intéressait pas spécialement au cinéma s’occupa du combo. A notre retour en Algérie pour la projection, un an plus tard, il nous présenta un film de trente cinq minutes, qu’il avait réalisé avec son téléphone portable, puis monté sur un ordinateur. Ce moyen métrage nous apprit que Nassim n’avait pas seulement appuyé sur le bouton enregistrement du magnétoscope durant le tournage. Pour la projection de La Maison jaune , il se rendit à la maison de la culture de sa ville et sur présentation de son film, une petite caméra vidéo lui fut prêtée. Il put alors filmer les déambulations de ce bus en direction de Sétif rassemblant des gens d’origine divers qui ne s’étaient jamais croisés jusque là. Un désir était né, désir que peu de personnes auraient soupçonné, un an auparavant.

    Nicolas Roche
  • Avenir des travaux photographiques

    Quelques chiffres sont disponibles sur le site du Sipec sur la base d’études fiables réalisées notamment par l’institut GFK, mais dont les projections économiques ne peuvent être qu’aléatoires. D’une manière générale la presse -inféodée à ses sources de revenus- n’a pas de regard objectif sur ces questions car elle tend à conforter la position des annonceurs industriels dont l’intérêt est d’enterrer toute technologie ancienne pour en vendre de nouvelles.

    Le magazine Réponses Photo livrait il y a quelques mois un reportage sur le siège de Kodak à Rochester aux USA très intéressant et très pessimiste quant à l’avenir de la photographie argentique, mais les témoignages d’ingénieurs américains doivent être pondérés à mon sens. En effet, il leur est moralement difficile d’avouer publiquement qu’ils sont aujourd’hui remplacés par une main d’œuvre étrangère -chinoise en particulier- à moindre coût. On comprend bien qu’il est plus valorisant pour eux de dire qu’une page est tournée en faveur du numérique.

    La réalité est sans doute plus subtile. J’estime personnellement qu’il n’y a pas lieu d’opposer deux technologies qui ont chacune des avantages et des limites. Il est probable qu’il y aura à terme une forte segmentation des marchés avec des strates alternativement argentiques et/ou numériques. Dans une majorité de cas depuis longtemps déjà -près de dix ans-, les tirages photo sur papier argentique couleur sont de toutes manières réalisés en technologie numérique quel que soit le type d’original : argentique, numérique, positif, négatif, document opaque… En lieu et place des expositions par optiques interposées, on trouve désormais des systèmes plus ou moins sophistiqués d’acquisition numérique des documents d’une part, et d’exposition par laser ou LED des surfaces papier sensibles d’autre part, le traitement photo chimique étant réduit en définitive à une sorte d’imprimante. Cela permet de ne faire tourner qu’une seule machine aujourd’hui au lieu de plusieurs il y a dix ans avec des gains économiques évidents et des options inédites (anti-poussières, anti-rayures, anti-yeux rouges, cadrages, montages divers…), à tel point que les traitements papiers positifs directs et les émulsions internégatives n’existent plus depuis trois à quatre ans -Ilfochrome (ancien cibachrome), produit de luxe mis à part-.

    Dans le domaine du traitement des images à caractère professionnel -secteurs culturels, publicitaires ou industriels à l’attention des entreprises ou des institutions- l’évolution semble aller en faveur de laboratoires plus réduits qu’auparavant -même et surtout s’il s’agit de grandes surfaces à traiter- et correspondant à des niches spécifiques. Les grands formats peuvent selon les cas être réalisés en technologie « jet d’encre » -la valeur ajoutée résidant dans une gamme parfois très étendue de supports disponibles avant impression-, ou en technologie argentique -aux qualités toujours inégalées- via de puissants imageurs. Mais pour la photographie grand public qui reste proche du domaine industriel en volume et en valeur, la déstabilisation est totale. Il semble que les leaders du secteur soient en voie de disparition voulue ou subie : FNAC, Photo Service, Photo Station, laboratoires Kodak, Cewe Color… Les raisons en sont simples : l’activité globale a diminué de moitié en trois ans. L’Internet avec 5% du marché ne semble pas directement en cause, on constate tout bonnement un phénomène de rétention des images dans les disques durs des ordinateurs et autant de manque à gagner pour les laboratoires. La conséquence logique aurait du être une augmentation des marges pour compenser ces pertes en volume mais on observe sur ce marché ultra concurrentiel une guerre des prix totalement suicidaire. D’autant plus suicidaire que le coût d’un tirage numérique de qualité peut s’avérer nettement supérieur à celui d’un tirage argentique, à l’inverse de ce que l’on observe sur le terrain.

    Je ne vais pas développer ici l’ensemble des tenants et des aboutissants mais il est probable que l’on assistera à court terme -quelques mois- à un effondrement sans précédent des services photo en France, créant une situation de pénurie favorable à une montée importante des prix. En effet, la guerre des prix n’a plus de sens face à une image numérique réputée gratuite -en fait elle ne l’est pas mais son coût est très dilué parmi d’autres dépenses-. D’autre part, la baisse des volumes de production tend à nous ramener vers des modèles économiques des années 60 où les tarifs en francs/euros constants étaient bien plus élevés qu’aujourd’hui. Une montée des prix me semble inéluctable mais devra être justifiée par une qualité irréprochable pour être acceptée, ce qui est rarement le cas aujourd’hui même et surtout chez les leaders. Les « petits photographes » n’auront pas la même retenue que les grandes chaînes actuelles et la facturation des travaux à un prix viable conditionnera tout simplement leur survie.

    Ces considérations ne vont pas dans l’esprit de la FNAC par exemple qui préfère liquider la totalité de ses boutiques plutôt que de ternir son image d’écraseur de prix. Et des chaînes telles que Photo Service et Photo Station, qui privilégient le contenant (packaging, image de marque) -sur un contenu dont l’évaluation (toujours subjective) est plus difficile à gérer à grande échelle- depuis bientôt une génération, auront bien du mal à suivre.

    Qui peut dire aujourd’hui ce qui sortira de cet univers chaotique ? Sans aucun doute une amélioration des conditions de travail des professionnels, très malmenés depuis l’époque de la guerre du Golfe. Pour ceux qui travailleront en tout cas car beaucoup resteront sur le carreau.

    Il s’agit à mon sens de l’éclatement d’une bulle économique -à comparer avec la récente bulle spéculative d’Internet sans que ce soit exactement le même phénomène- à laquelle nous devrions assister, qui devrait ébranler les certitudes des marketeurs purs. Cette fois-ci les dégâts ne pourront être que visibles par tous et les habitudes en tous genres bousculées pour lontemps. Pour ce qui est de la photographie sur Internet, il semble que son avenir passe par une livraison en boutique, ce qui ne va pas non plus dans les sens des prix bas.

    A la marge, le phénomène des photos d’identités sera intéressant à suivre car selon les nouvelles normes du Ministère de l’Intérieur il devient quasiment impossible -en dépit des annonces rassurantes- d’obtenir une photo-machine pour des cartes d’identité, passeports et permis de conduire. C’est à la fois une manne inespérée pour quelques boutiques photo et une catastrophe pour les fabricants de cabines automatisées qui devraient perdre 70 à 80% de leur activité à court terme. Les phénomènes induits notamment en matière de présence ou d’absence de bornes de tirage de fichiers numériques -à proximité des cabines photo- seront intéressants à observer.

    Je verrais bien les laboratoires Fuji -toujours en service pour l’essentiel- reprendre prochainement dans l’esprit général la place occupée naguère par les laboratoires Kodak, les prix monter en flèche -y compris sur le web- à l’instar de ce que l’on observe sur les marchés de l’identité, et une redistribution des cartes notamment en photographie professionnelle où les valeurs sûres devraient être renforcées pour les années à venir. Tous les marchés de la photographie étant liés, par un jeu de reports en cascade au vu de l’énormité de ce qui se prépare c’est bien l’ensemble des acteurs qui devraient être concerné en définitive et sans doute même bien au delà si on prend encore en compte les facteurs d’ordre psychologique.

    La vraie inconnue sera la question des parcs de matériels de tirage en surabondance dont on ne voit pas bien ce qu’il adviendra entre « la benne » par ignorance et les récupérations en tous genres par opportunité. Il semble que l’essentiel du parc des leaders de la photographie grand public soit toujours en leasing et par conséquent ne leur appartient pas, ce qui est évidemment une perte d’actif dramatique pour eux en cas de dépôt de bilan.

    Il apparaît que cette guerre des prix en faveur du tout numérique n’est pas raisonnable et qu’un ajustement nécessaire des tarifs devrait paradoxalement basculer en faveur des technologies argentiques, proposant en quelque sorte une alternative essentiellement culturelle face à un numérique qui vit surtout dans la culture de l’instant. Dans la durée, le numérique pose de nombreux problèmes qui feront (ré)fléchir : fragilité des matériels irréparables par ailleurs, pertes de données, coûts de gestion relativement importants à long terme, impressions à domicile beaucoup plus onéreuses et aléatoires qu’on ne le croyait, maîtrise de la chaîne graphique nettement plus ardue et coûteuse qu’il n’y paraît…

  • Fin de partie pour FNAC Service

    Cet événement datera sans aucun doute la fin d’une époque, mais symbolisera également de manière éclatante l’erreur -mondiale- de casting des dernières années concernant l’opposition argentique-numérique.

    Le numérique ne tuera certainement pas la photographie argentique dont les qualités justifieront encore longtemps une utilisation importante dans nombre de domaines, pour des raisons que je développerai ultérieurement.

    Le numérique en revanche réussira bien à tuer la photographie à prix bas -qui nécessite du volume de production pour exister-, en raison de l’imbattable gratuité d’un affichage écran pour la majorité d’utilisateurs qui s’en contentent.

    Or, le photographe méticuleux sait combien la vie d’une image numérique est éphémère sans d’essentielles, coûteuses et récurrentes précautions de sauvegarde. Le grand public manipule son patrimoine avec la plus grande légèreté et risque fort d’en perdre 90% au bas mot à moyen terme. Le rêve entretenu par les industriels dictera son prix en différé, et l’inéluctable retour aux valeurs sûres des papiers photo argentiques se fera dans la douleur. Le tissu économique s’en va, la recherche effrénée des prix les plus bas pourrait bien engendrer une inflation spécifique jamais vue depuis que la photographie existe. Certes il y aura des grincements de dents et nombre de réticences… qui alimenteront d’autant plus les phénomènes inflationnistes.

    Les professionnels ne s’en plaindront pas. Par un phénomène de pénurie des services et de report des activités en cascade, la paupérisation actuelle pourrait bien toucher à sa fin pour les plus sérieux d’entre eux.

    En effet, la montée des prix ne pourra se justifier que dans une qualité bien plus optimisée que la réalité d’aujourd’hui, sur des bases techniques, relationnelles et culturelles qui ne s’acquièrent pas en huit jours.

  • Alan GUICHAOUA

    06.82.06.59.31
    11 rue de Cels
    75014 PARIS
    ">e-mail 23 ans – Permis B
    Anglais / Espagnol : écrit et parlé EXPERIENCES Mai 2006 EICAR Fiction : « Heartless » (17') – Réalisation : Francisco Tuesta – Premier Assistant Opérateur [35 mm]
    2004 – Mai 2006 ENS Louis Lumière Mémoire de fin d'étude. Recherche autour du « docu-fiction » , dont découlent trois films : Réalisateur, Opérateur, Monteur [16 & 35 mm]
    Documentaire, « Ceux qui luminent » (26') [16mm]- Dans l'atelier de Yann Kersalé, plasticien de la lumière – Sélectionné au festival de films documentaires du Mans 2006
    Fiction, « Celui qui lumine » (16') [35 mm]- L'enfance imaginée de Yann Kersalé, ses premières « expéditions lumière »- Bourse KODAK d'aide à la production de court-métrage
    Docu-fiction, « Carrefour de l'après minuit » (26') [16 mm]- Montage alternant plans ou scènes des deux films précédemment cités : un dialogue entre la fiction et le documentaire.
    Février 2006 Académie des Césars / Maison Chaumet 8 reportages (2'). Emmanuel Scorcelletti photographie les nominés aux Césars (meilleurs acteurs, actrices, réalisateurs, espoirs…)Caméraman [DVcam]
    Août 2005 Soixante-Quinze Clip d'Alain Souchon : « Et si en plus, il n'y a personne » (3')Opérateur : Stéphane vallée – Premier assistant opérateur : Lionel Perrin – Deuxième Assistant Opérateur [16 mm]
    Juillet 2005 Paris-Brest Production / Cinémathèque de Bretagne Témoignage industriel « La dernière journée » (15') Opérateur : Laurent Dailland – Première assistante opératrice : Euriel Etevenon – Deuxième Assistant Opérateur [35 mm]
    Juillet 2005 Tenefilms Fiction : « Pique et pique, école et drame » (12') – Réalisation : Florence Bouilloux – Opérateur, Cadreur [DVcam & S8 mm]
    2003 – Février 2005 ENS Louis Lumière Documentaire sur la reconstruction du 13e arrondissement « Cette indécence de l'objet brillant » (52') – Sélectionné au festival du film d'architecture de Bruxelles – Réalisateur, Cadreur, Monteur, [DVcam]
    Janvier 2005 Université Paris 7 Denis Diderot Reportage autour du FIPA (Festival International de Programmes Audiovisuels) Cameraman [DVcam]
    Juin 2004 ENS Louis Lumière Fiction : « Mezzogiorno » (15') – Réalisation : Hugo Boris – Sélectionné aux festivals de Ponto Combo, Denver… Premier Assistant Opérateur [35 mm]
    Avril 2004 ENS Louis Lumière Fiction : « le Chevalier à la Grotte » (6') – Film d'effets spéciaux, bénéficiant de la Bourse KODAK – Opérateur : Frédéric Tabet – Premier Assistant Opérateur [35 mm ]
    Décembre 2004 La Famille Fiction : « Descente » (12') – Réalisation : Jackie Ido – Bourse du G.R.E. – ChOpérateur : Thomas Villepoux – Premier Assistant Opérateur [16 mm ]
    2000-2005 Nombreux autres films au sein de l'école, ou en autoproduction.Caméraman, opérateur, montage, réalisation. AUTRES EXPERIENCES & COMPETENCES
    Maîtrise des logiciels Microsoft Word et Excel
    Avid, Final Cut, Pinnacle, Adobe ( Premiere, After Effect, Photoshop )
    2005 Stage à Alga-Panavision , Loueur de matériel caméra film
    2004 Stage à Technovision , loueur de matériel caméra film
    2003 Stage à Telcipro , laboratoire photochimique
    FORMATION
    2002-2005 ENS Louis Lumière . Diplômé de la section Cinéma – Mention Très bien
    2002-2000 Cine-Sup . Classe préparatoire aux écoles d'audiovisuel
    2000 Baccalauréat Scientifique – Mention Très bien INTERETS
    Télévision, cinéma, photographie, story-Board
    Animation (« Moniteur Fédéral Voile » & « Brevet d'Aptitude aux Fonctions d'Animateur »)
    Volley-Ball, triathlon, escalade, ski, randonnées
    Saxophone
    Voyages