• Paris-Match condamné pour avoir dit la vérité.

    La législation française est attentatoire à la liberté de tous quand elle interdit la publication d’informations privées qui ont une portée publique. Cette loi française a élevé le droit individuel des personnes au-dessus du droit pour tous à l’information. Une inversion grave.

    L’accès à l’information est un droit, et la vie cesse d’être privée quand ses retentissements débordent dans l’espace public. Ces principes élémentaires de liberté sont intimement liés aux principes de démocratie, il est incompréhensible que la justice française y déroge à ce point.

    Tant que tous les professionnels de l’image ne se sentiront pas directement concernés par ce problème grave et ne prendront pas individuellement et collectivement des initiatives pour que cela cesse, la situation n’évoluera pas. Et il y a malheureusement urgence.

  • Les escroqueries de la photographie numérique grand public

    Des prix, toujours des prix…

    Au vu de la guerre économique qui tire parfois les marges bénéficiaires trop loin dans le rouge, l’acheteur est un obsédé de la « bonne » affaire et le vendeur est bien plus tenté d’éjecter son client dès le premier signe d’achat plutôt que de lui proposer le modèle adapté à son cas précis. Quitte à scier la branche sur laquelle il est lui-même assis et mettre au final la clé sous la porte. Certains fabricants de consommables pour imprimantes couleur -des plus notoires au demeurant- n’hésitent pas d’ailleurs à jouer de cette obsession du meilleur prix pour proposer des packs qui n’ont d’économique que le nom pour qui veut des photographies de bonne tenue. Car il en faut, de l’encre, pour obtenir une belle image…

    Les marchés des matériels numériques grand public tiennent plus aujourd’hui de l’affaire d’épicerie que du professionnel de l’image.

    La partie merdique du numérique…

    A quoi bon parler de résolution, d’homothétie et de carte mémoire à des personnes qui bien souvent n’ont pas d’ordinateur et ne souhaitent pas en avoir ? Quand bien-même ils en ont, c’est souvent un matériel dépassé, mal configuré, inexploitable pour de l’image photographique. Leur livrer un appareil photo numérique tient au mieux : de l’effet de mode; au pire : de l’escroquerie.
    Toujours est-il que ce vaste mouvement a d’ores et déjà provoqué de sérieux dommages colatéraux : fermeture de la quasi-totalité des laboratoires Kodak, fermeture de laboratoires historiquement très anciens, fermeture annoncée de la moitié des laboratoires photo de Paris et région parisienne et de nombreuses affaires de photographie, liquidation de la société AgfaPhoto dont les conséquences sont incalculables au regard de la forte implantation de leurs machines en France et en Europe, fermeture des usines de Chalon sur Saône et délocalisations des fabriques de produits argentiques vers les mêmes régions qui produisent aujourd’hui l’essentiel du numérique grand public : Merde in China. Cette situation ne prévaut d’ailleurs pas que pour la photographie et on n’ose pas songer aux conséquences d’un futur gel des relations diplomatiques, toujours possible…

    Error System

    Ne nous y trompons pas, les tarifs actuels des matériels ne peuvent être obtenus que par une production massive dans des conditions impensables en France ou en Europe. Revers de la médaille : mieux vaut ne pas connaître l’expérience de la panne. La chute, l’eau, les maltraitances petites et grandes se paieront cash, l’univers du numérique est à déclarer comme jetable, écologique en aucun cas.

    Qualité

    En théorie, les images numériques possèdent une certaine latitude de pose si on considère que les images sous-exposées peuvent être rééquilibrées au tirage, idem pour les écarts d’illuminants. Mais au vu des tarifs et des incompétences actuels, personne ou presque -dans les circuits grand public- ne corrige les tirages avec pertinence. Pire : les tireuses automatiques arrivent à dégrader ce qui devrait être les meilleures images, c’est un comble !

    La course au pixel passe largement sous silence la moindre qualité des optiques, aberration d’autant plus étonnante que les laboratoires n’hésitent pas à réduire automatiquement le nombre de points des images à un million, opération nécessaire et suffisante pour tirer plus rapidement sur papier des photos au standard carte postale…

    Pertes de mémoire…

    La photographie numérique, même en dilettante, suppose d’avoir à l’esprit le caractère puissamment éphémère du document informatique et l’énergie considérable qu’il faut y consacrer en argent et en temps pour garantir un semblant de pérennité. Combien de CD-Roms gravés à prix bas passeront seulement le cap des trois ans ? Et de DVD ? Et à combien d’attaques virales le disque dur de Madame Michu résistera-t-il, sans parler des dysfonctionnements et des erreurs techniques, voire des malveillances, ou plus simplement des cambriolages ?

  • Fermeture des boutiques FNAC Service

    Mais tout de même, quel manque de jugement de la part de ces employés modèles qui depuis quelques années font sagement ce qu’on leur dit de faire en mettant le « numérique » très en avant et sciant du même coup la branche sur laquelle ils sont assis !!!

     » Science sans conscience n’est que ruine de l’âme « , la formule rabelaisienne s’applique toujours avec la plus grande acuité, mais il s’agit ici de la science des affaires. A trop vouloir gagner, les vendeurs de la FNAC en oublient l’essentiel : assurer la satisfaction du client autant que la pérennité des affaires, être professionnel en un mot.

    Il ne fallait pourtant pas regarder si loin pour comprendre que le modèle économique de l’argentique permet une relation commerçante durable et de qualité. Il ne fallait pas non plus une si grande distance avec les clients pour se rendre compte que le « numérique » actuel est bien loin de répondre à toutes les attentes du grand public.

    Réflexions d’usagers du numérique :

    « Mon mari s’est acheté un appareil photo numérique, quelle tristesse dans la pauvreté de ces images (…) »

    « Avant j’utilisais un appareil jetable et maintenant les images de mon numérique sont moins bonnes. Je ne comprends pas (…) »

    Le succès du « numérique » -aussi spectaculaire qu’il soit- tend donc à être fort relatif et superficiel. De fait, l’usage d’un appareil numérique n’est pas si simple qu’il y paraît, et implique une plus grande maîtrise que celle d’un appareil argentique. Et pour cause : la remarquable latitude de pose des émulsions argentiques négatives permet aux laboratoires de corriger les plus grandes erreurs d’exposition -pour peu qu’ils fassent leur travail-, ce que ne savent pas faire les matériels numériques courants. Sans même parler des écarts d’illuminants.
    Mais savent-ils seulement ce que c’est, chez FNAC SERVICE, une latitude de pose ou un écart d’illuminant…
    Livrer un appareil numérique très onéreux à une personne non initiée tient donc souvent de l’abus de confiance… celle dont se revendique la FNAC.

    Il faut dire que bien loin des impulsions trotskistes à l’origine du succès que l’on connaît, l’enseigne appartient aujourd’hui au puissant groupe PPR qui met certainement les actionnaires plus que ses clients au centre de ses préoccupations.

    Mais le système capitaliste trouve ses limites. En sciant la branche qui le soutenait, il subit aujourd’hui la perte de 30% de ses points de vente et ce n’est qu’un début. Gageons que les plus professionnels des concurrents trouveront mieux que bien à récupérer ce qu’il en reste.

  • Sixième sens

    Sixième sens

    Des cinq sens, je privilégie certains plutôt que d’autres. D’abord la vue et l’ouïe puis le toucher, enfin l’odorat et le goût. Quoique tout cela ne soit qu’illusion, un ordre désordonné ! La photographie est indissociable de la musique. La lumière, le son, ondes impalpables, effleurent mon corps et se présentent sous formes d’équations visuelles et sonores à plusieurs inconnues. Silence d’une note, le vide, quête d’absolu. Bleu du ciel, apaisant. Bleu de la mer, opacité des profondeurs. Le cheminement d’une feuille, ao ba, parcourant un pays lointain, inconnu, complexe. Mais quelle est cette feuille ? Dans sa banalité d’usage, elle se déforme, se plie, s’étire, se cache. Jeu des représentations. Chemin de l’imaginaire. Avant tout, ouvrir la photographie vers une poésie de l’invisible. Mes récentes compilations voyageuses, « homo animus », « le bestiaire fantastique », « la barge immobile » ou « une souris et des hommes » ne sont que prétextes à l’émotion, ou inventaire d’un autre monde, celui qui aime à se cacher, comme la nature, pour mieux révéler des histoires fantastiques. Simple réveil de l’enfance qui porte la curiosité et l’énergie au firmament des sens. L’été dernier, j’ai ramassé de simples pierres, polies par le temps, au creux d’une rivière. Dans mon atelier, je les assemble et les photographie. Elles se touchent, se parlent, s’écoutent. Parfait équilibre des sens, ou simplement sens de l’équilibre. Cette terre fragmentée, recomposée, poussières du temps qui nous effraie parce qu’il nous échappe. Alors, dans l’espace silencieux de l’atelier, j’observe la lumière provenant d’un voyage lointain. Étoile filante, je te suis, à me perdre dans l’immensité de nos existences.

  • Le scandale des stages

    Les statuts de stagiaire et d’étudiant en alternance sont des artifices utiles pour limiter et masquer la réalité du chômage des jeunes en France, fut-ce au détriment des autres catégories de demandeurs d’emploi. Mais aujourd’hui, non seulement cela ne suffit plus à contenir les chiffres en deçà de 10%, mais le détournement de leur fonction première d’insertion professionnelle par une logique de profit à court terme finit par dégrader et amplifier la situation initiale et par priver de tout retour à l’emploi la grande majorité de ceux qui ont passé l’âge d’être stagiaire. Il devient urgent de mettre un terme à l’abus des stages et des emplois précaires, n’en déplaise aux actionnaires des grandes entreprises.

    En effet, on sait que les PME ou même les administrations usent et abusent des stages, CES, et autres contrats de qualification (aujourd’hui professionnalisation) à leur disposition. Mais il s’avère que les grandes entreprises s’adonnent également à ce genre d’abus. Il suffit pour s’en convaincre de consulter cette offre de stage proposée par L’ORÉAL et visible sur le site www.mycareer.loreal.com
    (référence : STAGEDOCRD2005).

    Ci-dessous la copie de la page actuellement visible sur le site au cas où elle n’y figurerait plus lors de votre consultation. Que l’on sache, L’ORÉAL ne figure pas au club des entreprises en difficulté loin s’en faut.

    S’attaquer à l’ORÉAL est une mission délicate pour la presse, cette entreprise figurant dans la liste des principaux annonceurs qui font vivre la plupart des journaux.

    Mais le monde associatif allié à l’Internet peut et doit trouver la liberté de parole nécessaire pour dénoncer ce scandale. Il faudra bien que quelqu’un réagisse individuellement ou collectivement à un problème qui touche toutes les catégories de travailleurs potentiels et dont la presse ne donne quasiment pas d’écho :

    – les étudiants qui doivent valider leur diplôme par un stage
    – les stagiaires de la formation continue
    – les jeunes diplômés
    – les demandeurs d’emploi de courte, moyenne et longue durée

    J’invite donc la conscience de chacun à alimenter le forum ci-dessous et à multiplier les témoignages sur le sujet. Il va de soi que ce ne sont pas les stages proprement dits qu’il faut incriminer, mais le manque de limites décentes du procédé, dont les abus actuels ressemblent à une vraie épidémie.

    —-

    Sous le même titre « Le scandale des stages », Catherine Lubochinsky dans le journal Les Echos -qui n’est pas une publication à caractère social-, en date du 20 juillet 2004, dénonçait déjà le problème.

    Extraits :

    « (…) Le succès de cette formule va au-delà de tout espoir. Et pour cause,
    avec un tel coût de la main d’oeuvre, les entreprises n’ont pas tardé à
    comprendre l’avantage d’un tel système : c’est une réserve de main d’oeuvre
    qui représente entre 1,5 et 2 millions d’étudiants (…) »

    « (…) Certaines petites sociétés ne fonctionnent qu’avec des stagiaires
    (hormis la direction !) et toutes les grandes entreprises, institutions
    financières et administrations utilisent en permanence, sur un même et
    véritable emploi, des stagiaires (…) »

  • Jacques ANDRÉ

    …plus une mini-biographie qu'un C.V. puisqu'il n'est pas en recherche d'emploi… Par contre les clients sont toujours les bienvenus ! Né le 20.9.1942 à Paris (Cité des fleurs…) Enfance et adolescence sans histoire dans le “quartier des Ternes”, études secondaires jusqu'au baccalauréat au Lycée CARNOT. Il a déjà le goût des voyages, de la découverte et fait du sponsoring alors que le mot n'existait pas encore en organisant -en 1958- un voyage Paris – Cap Nord – Moscou – Paris avec son frère aîné, deux amis et deux 2cv., dans la foulée du “Tour du Monde en 2cv”…d'un certain Jacques SEGUELA. Cela lui vaudra de redoubler sa 1ère… mais de tourner un film de 600 mètres en 16mm. (25ASA! … fourni par AGFA, avec une PATHE WEBO et un PAN CINOR… le son lui était enregistré sur un magnétophone secteur alimenté par une génératrice elle même alimentée par les batteries de la voiture… le budget ne permettait pas d'acheter un NAGRA… fut-il à manivelle -sic-) qu'il projettera lors de conférences, histoire de pouvoir acheter du matériel photo.

    Passionné de photographie et, plus précisément de reportage -à une époque ou le métier n'était pas encore mis à la mode par le film “BLOW UP”-, il passe le concours “de VAUGIRARD” avec pour “idole” Jean-Pierre PEDRAZZINI de PARIS-MATCH (le grand, de l'époque du vrai “grand reportage” !).
    Il passera de nombreuses soirées à “couvrir” les événements de l'époque, particulièrement les “premières” de spectacles (BREL, MONTAND, BRASSENS, PIAF…), mais aussi la politique (NEHRU, ADENAUER) pour s'acheter du matériel (Une TECHNIKA LINHOF -reportage en 4×5” à main levée, au télémétre avec chassis GRAFMATIC 6 vues !!!, un PENTAX -le premier reflex 24X36mm. autre que le PRAKTICA d'Allemagne de l'Est… acheté chez l'importateur pour l'Europe -sic-… dans un pavillon de la banlieue bruxelloise etc.). Il était alors possible de rentrer par “l'entrée des artistes” (l'ALHAMBRA, BOBINO, le GALA de l'UNION, le THEATRE de l'ETOILE…) et de vendre ses photos en agence !
    Sort 3ème (oui, à l'époque il y avait un classement pour le diplôme de sortie) de la promo “Photo 61-63” (Bernard LEBLANC était 1er !).
    Un très long service militaire dans une section photo “top confidentiel” (avec son LEICA M2 personnel) puis une entrée immédiate dans la vie active (pas de chômage en ces temps… en sortant de Vaugirard on avait le choix des places !): sous contrat d'illustrateur pour la collection “RICHESSES de FRANCE”… une grande année de voyages permanents à travers la France… en 4L et hélicoptère, une dizaine d'ouvrages sur 10 départements… au ROLLEI et à la TECNIKA 4×5”… une formidable et utile initiation à l'art et pour vaincre sa timidité, l'école du “relationnel”!
    Mariage… un fils (maintenant pharmacien c/o SANOFI).
    A l'issue de ce contrat, une nouvelle année dans un des studios “publicité et industrie” connu de Paris, le studio JEAN ALBERT, puis, hasard de la vie et surtout des petites annonces, il va abandonner -définitivement, il regrettera toujours un peu, au fond, sans doute la nostalgie de la création- la prise de vues pour entrer dans une société alors naissante, en 1967: TECHNI-CINE-PHOT, en tant que technico-commercial en charge du matériel d'éclairage cinéma -COLORTRAN- (pour lequel il était totalement ignare car à l'École il n'y avait guère que des spots CREMER et des ambiances LITA !). Mais avoir suivi les cours de Vaugirard, même si déjà la critique existait sur l'inadaptation aux “technologies nouvelles” du temps présent, forme à une adaptation rapide… TCP, petite équipe ou il faut “tout faire”… même les livraisons. Il s'occupe aussi des tarifs, d'une partie du commercial et, déjà de la publicité, etc.
    Mai 1968: pour l'anecdote, chaque soir il quitte Saint-Ouen à toute vitesse et part avec une ARRIFLEX 16 empruntée au SAV et “fait” les barricades, l'Odéon, la Sorbonne etc… guidé par la CB, le grand délire communicatif de l'époque. Quelques années plus tard, la société grandissant très fort -l'époque “glorieuse” des taux de croissance à 20-30% annuels ! – il ne peut plus mener plusieurs activités de front et opte pour la gestion du service publicité (le mot “communication” n'était pas encore usité et les “Dircom” futurs n'étaient que “Directeur de publicité” alors même qu'il avait en charge toute la communication de la société puis bientôt du Groupe avec PROCOLOR et la création de TECHNI-VIDEO).
    Nombreux voyages dans le monde (Europe, USA, Japon) pour les salons, chez les fournisseurs etc. 17 ans (fidélité plus que mobilité !) plus tard , il quitte la banlieue nord et “rentre chez lui” dans sa ferme seine et marnaise ou il fait aménager des bureaux à la place des boxs à chevaux (la quarantaine et plus de temps pour la compétition) et crée (1984) l'agence “Jacques ANDRÉ Conseil”, pendant plusieurs années agence multiservices compte-tenu de son expérience. Les clients sont alors essentiellement dans le secteur photo-ciné-vidéo qu'il connaissait parfaitement et ou il était connu (dans le groupe TCP passé de 6 à près de 300 personnes il a dû, certes aux cotés d'une équipe dynamique et une direction -Gilbert MICHAUD… une grande figure du marché de l'image pour lequel il a toujours eu grand respect et conservé une estime qu'il croit réciproque- qui savait donner les moyens, être pour quelque chose dans ce fort développement). Entre-temps: divorce, nouvelle compagne… 2 nouveaux enfants dont une fille qui aujourd'hui “marche sur ses traces” professionnellement. De 1987 à 1993: une association professionnelle malheureuse… une parenthèse douloureuse et lourde de redressement… … mais “JAC” continue, resserre l'éventail de ses services vers les seules Relations Publiques et Relations Presse (il essaie que l'on dise “Relations Media”, pas pour faire anglo-saxon, mais parceque radio et TV sont aussi concernées) tout en étendant les marchés d'activités (tous en fait “sauf la politique et le show-biz, pas parce-que ce n'est pas intéressant, mais parceque c'est différent” dit-il), celui de la “photo” devenant exigu. De 1993 à 2000 il donna chaque année un court cycle de conférences aux étudiants de 3ème année à “Vaugirard” (la boucle est bouclée): “Législation, Marketing et Communication”…. avant que ce cours soit supprimé du programme ! Persuadé qu'il vaut mieux “diriger sa profession que la subir” il est très engagé dans des associations professionnelles, crée un syndicat et, catastrophé par le déclin de l'AEVLL (Association des Anciens Élèves de Vaugirard-Louis Lumière), se présente aux élections et est élu à la présidence début 98 avec un programme ambitieux… tenu. Il ne se représente pas aux élections 2001 mais est nommé Président d'honneur. Il y a 18 ans, il avait, pour être disponible vers ses clients, le téléphone dans sa voiture, à une époque ou il fallait connaître deux ministres pour avoir une ligne.
    Il y a 15 ans, il fut l'un des premiers attachés de presse a informatiser son fichier et rédiger les dossiers de presse en PAO (Mac, of course !) alors que ses consoeurs (un métier féminin à 90%) en étaient encore au stencil et aux fiches carton.
    L'une des très rares agences de R.P. à avoir un telex, il dut attendre de longs mois avant d'avoir des correspondants au bout de sa ligne fax.
    Il y a près de 7 ans que son agence a un site internet, encore parmi les plus complets de sa profession.
    Vous l'aurez compris il n'est jamais en retard sur la technologie… sans doute la raison pour laquelle il vient d'être choisi pour lancer le 1er fax portable totalement autonome ou promouvoir un téléphone par satellite. 1993 : Une 3ème compagne (harmonie parfaite à les voir, ce sera la dernière, c'est sûr) rencontrée “presque par hasard” et dont le hasard fait qu'elle travaille dans le cinéma… “hollywoodien”. Ses préoccupations actuelles: les langages HTML, JAVA… et son potager.
    Sa joie ? Une soirée avec une cote de boeuf grillée dans la (grande) cheminée, une excellente bouteille (plutot un magnum) et, bien sûr, du brie, en compagnie de quelques amis. 2002 : …60 ans. Arrivé -statistiquement s'entend !- aux 2/3 de sa vie a-t-on des regrets ?
    Je lui en connais quelques uns, les plus avouables sans doute: ne pas avoir commençé une collection de matériel photo et de photographies dès les années 70… mais il a tout de même réuni une belle collection de cellules et autres appareils de mesure de la lumière bizarres qu'il s'est promis de léguer au “Musée de la Photographie” quand il sera -enfin- construit. Reminiscence sans doute de sa participation à l'équipe d'architecte pour l'un des projets ? “Si c'était à refaire” il évoque parfois avocat ou architecte…
    convaincre ou créer.
    Toujours passionné par son travail mais aussi par l'art contemporain, les outils anciens et l'art populaire (donc collectionneur), il pense “travailler jusqu'à 95 ans… comme cela il lui restera 5 ans de vacances” pour finir la restauration de la Ferme… à moins qu'ils ne vendent tout et partent sur un 18 mètres -si, si la photo est dans son bureau- continuer “le” voyage ! Pour l'instant, il aide à recevoir dans la "maison d'hôtes de charme" de la FERME DU VIEUX CHATEAU créée par sa compagne. Vous y serez les bienvenus (06 78 02 25 17)… et pourquoi pas une balade en attelage… sa nouvelle passion : www.attelage-passion.com

    La Ferme du Vieux Château
    Chambres et table d'Hôtes (3 épis "Prestige")
    77540 Ormeaux
    à 35 minutes à l'Est de Paris par autoroute A4
    www.chambres-table-hotes.com
  • Christian de ROZIÈRES

    Parcours Baccalauréat série E – 1971 1972-1973 : Physique – Chimie – Faculté des Sciences/Université de Montpellier. 1973-1974 : Service militaire comme aspirant dans l'armée de l'Air 1974-1976 : Ecole de Vaugirard – Louis Lumière (section cinéma) 1977-1983 : assistant opérateur, puis chef opérateur (courts et longs métrages 16mm) 1984-2000 : cadreur tous secteurs d'activités (institutionnel et télévision) : fiction, industriel, sport, variétés, magazines d'actualités, mode, news, plateau télé, journal télévisé. chef opérateur – films institutionnels – magazines télévision – fictions (vidéo). directeur photo – émissions télévisées multi-caméras directes ou enregistrées. 1999-2000 : réalisateur – émissions débats, talk show, diffusées en direct – ou enrégistrées condition de direct- 1997 – formation au Multimédia et CD ROM (Techniques Multimédia 2D) Université de Paris I. Compétences: chef-opérateur J'assure les repérages, le choix et la préparation du matériel d'éclairage avant le tournage. J'encadre l'équipe lumière pendant le tournage en assurant son bon déroulement. Je vous propose un suivi de la qualité de l'image en post-production. Expériences: Réalisation de films institutionnels Montage analogique et montage virtuel (sur station six-O-one) Conception multimédia (maîtrise des logiciels Photoshop, Director, éditeurs HTML..) Conception de sites Internet. Centres d'intérêts: Informatique Généalogie

  • Carnets de voyage

    Carnets de voyage

    Marseille, 7 avril 2004

    Marseille dans un début de printemps, doux prélude au départ…

    Fébrilité, voilà nous sommes prêts…

    « Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s’allument dans le soir. Ma
    journée est faite ; je quitte l’Europe. L’air marin brûlera mes poumons ; les
    climats perdus me tanneront. Nager, broyer l’herbe, fumer surtout ; boire des
    liqueurs fortes comme du métal bouillant, -comme faisaient ces chers ancêtres
    autour des feux.
    Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l’oil furieux : sur
    mon masque, on me jugera d’une race forte. J’aurai de l’or : je serai oisif et
    brutal. »
    Arthur Rimbaud

    « Voyager ! Perdre le pays !
    Devenir un autre constamment,
    Pour l’âme pas de fondement
    Sinon voir, voir sans merci. »
    Fernando Pessoa

    Les mots de Rimbaud ont tourné dans ma tête depuis des années, ceux de Pessoa
    sont apparus plus récemment, devant l’imminence du départ, devant aussi
    l’espace à parcourir.

    Désormais plus de peurs, plus d’inquiétudes, nous allons plonger dans un
    nouveau temps forgé par le voyage en voilier sans date de retour, au gré de
    nos désirs.

    A une autre époque, le temps apparaissait vertical, un cheminement des
    ténèbres vers la lumière divine et le Paradis.

    Pour les Hommes de l’Occident d’aujourd’hui, il est horizontal, cheminement
    ponctué d’étapes.

    En voilier voici un temps différent relié à la vie de l’atmosphère et à notre
    curiosité :
    Lieux de la terre, saisons de cyclones, courants et vents favorables, envie de
    découvrir l’au-delà de la ligne d’horizon.

    Une histoire pourrait illustrer cette autre conception du temps qui se
    présente à nous :

    Je me souviens souvent de la nuit qui précéda notre départ des Lavezzi (îles
    dans les Bouches de Bonifacio) pour la Sardaigne. La direction que nous
    prendrions le lendemain, Est ou Ouest, conditionnerait le sens dans lequel
    nous ferions le tour de la Méditerranée, le Nord puis le Sud ou bien le Sud
    puis le Nord. Nous avons étudié la carte une grande partie de la nuit, puis
    ivres de fatigue et d’indécision nous nous sommes couchés sans rien décider.
    Au matin, le vent soufflait de l’Est nous sommes parties vers l’Ouest. C’était
    une évidence et nous avons retenu cette première leçon tout au long du
    voyage : nous pouvons explorer toutes les possibilités mais la décision finale
    ne nous appartient pas.

    En route.

    Le départ réel et symbolique par le Vieux Port de Marseille aura bientôt lieu,
    une dernière fois je regarderai la plaque de fondation de la ville :

    ICI
    VERS L’AN 600 AVANT J.C.
    DES MARINS GRECS ONT ABORDE
    VENANT DE PHOCEE
    CITE GRECQUE D’ASIE MINEURE

    ILS FONDERENT MARSEILLE
    D’OU RAYONNA EN OCCIDENT
    LA CIVILISATION

    En sortant du port, puis au large en regardant la ville s’étageant sur les
    collines en croissant autour de la rade, je penserai aux marins venus d’Asie
    Mineure.

    Curieux, désireux de nouveaux échanges, ils furent probablement bien surpris
    et émerveillés lorsqu’ils découvrirent cette calanque si bien protégée.

    Et déjà en cet instant je sais qu’ils ressurgiront de nouveau de ma mémoire à
    des milliers de milles nautiques de ce lieu qui m’a si généreusement accueilli
    pendant quatre ans.

    Je me sens profondément leur héritier.

    Pour me préparer à quitter l’Europe, j’ai exploré les paysages marins, les
    sources terrestres de ces hommes de la lointaine Antiquité.

    La Méditerranée, je l’ai allégrement sillonnée de l’île de Corse à l’île de
    Kastelhorizon, de l’île de Pantelleria à l’île de Samothrace.
    Le continent européen, j’ai tenté d’explorer et de rassembler sa complexité de
    Lisbonne à Varsovie, de Londres à Istanbul.

    Je suis ivre des terres et des mers de mes origines, j’ai envie aujourd’hui
    d’Océans, je rêve de plonger dans le syncrétisme bouillonnant de la planète.

    « Oh que ma quille éclate, oh que j’aille à la mer ! »
    Arthur Rimbaud, le Bateau Ivre.

    Et voici déjà Gibraltar : le détroit est le dernier point géographique à la
    possible référence grecque, les « Colonnes d’Hercules » de l’Antiquité.

    Ici « Mare incognita » commence entourant les multitudes de « terrae incognitae. »

    Du « Cabo da Roca » situé en territoire portugais, pointe de terre européenne la
    plus à l’Ouest du continent, j’ai perçu ses dimensions, sa couleur, ses
    mouvements.

    « Notre » mer familière était bien loin de ce grand univers-là.
    Mer capricieuse, mer sur les rives de laquelle courent toutes les fractures
    mais aussi toutes les troublantes origines communes.

    Le puissant océan nous portera, nous nous loverons dans le flux des alizés
    favorables à celui qui quitte l’Europe.

    Mythiques marins de Phocée, je vous porte en moi, je prolongerais votre route
    pour mouiller à nouveau dans la rade de vos origines à Foça en Asie Mineure.
    Frères mythiques par-delà les siècles, vous entretenez en moi une généreuse
    ébullition d’intelligence et d’émotion !

    Une fleur des îles Marquises poussera sur le temple de Dionysos…
    Les chemins maritimes croiseront les chemins intérieurs…

    Le voilier est là, près à partir, nous l’avons appelé OREO pour la beauté du
    son.

    A bientôt ! Le voyage est devant nous, à vivre et à écrire !

    C’est avec beaucoup de joie que nous tenterons de vous le faire partager en
    transcrivant dans l’écriture la magie de la vie qui s’annonce…

    Avec tout notre humanisme,

    François et François

    —–

    De Palma de Majorque, le 6 juillet 2004

    Préambule

    Première lettre du voyage trois mois après notre départ de Marseille : après si
    longtemps, il est nécessaire de décrire brièvement nos péripéties.

    Nous avons longé la côte occidentale de la Corse, Ajaccio nous a accueillis pour
    une escale technique de quatre semaines, puis nous avons sillonné en tout sens
    les Bouches de Bonifacio de Porto Vecchio à Palau en Sardaigne.

    Nous avons suivi la côte sarde jusqu’à Stintino où nous avons attendu des
    conditions météo favorables pour traverser vers Minorque.

    Mahon, Ciutadella furent nos escales sur cette première île de l’Archipel des
    Baléares. Nous avons poursuivi vers Majorque pour atteindre Palma en passant
    par la côte Nord de l’île, la plus sauvage car la plus montagneuse.

    La suite du programme : Ibiza, Gibraltar, Tanger.

    Palma de Majorque

    Voici donc maintenant presque trois mois que nous avons quitté Marseille.

    La Méditerranée nous relie toujours à notre port des origines mais nous sommes
    maintenant installés dans le voyage.

    De petits jets d’eau alimentent en une courbe élégante une longue fontaine
    formant canal. Les odeurs sont celles délicieuses des lieux de la Méditerranée
    qui ont la chance de connaître une eau abondante : suave laurier rose,
    profondeur mystérieuse du buis, fraîcheur de l’acacia.
    Le palais de l’Almudaina domine les jardins de sa pierre dorée, de ses fenêtres
    gothiques et de ses loggias arabo-andalouses.
    L’air est marin, la Méditerranée de l’été, caressée par une tendre brise, joue
    avec les rochers de la digue.
    La ville de Palma s’agite au-delà des murets des jardins, la modernité ne laisse
    plus la place à la quiétude des après-midi de chaleurs.

    Tout concourt à l’écriture !

    Nous sommes toujours dans notre matrice originelle, dans notre liquide
    amniotique, comme la si délicatement suggéré un ami d’Ajaccio. Gibraltar
    marquera vraiment la rupture, le bond en avant. Pour l’instant, nous savourons
    comme un fruit généreux cette Méditerranée de l’été, nous pestons aussi parfois
    contre elle, contre cette terrible absence de vent qui nous oblige plus que de
    raison à utiliser le galérien moderne qui nous accompagne au creux de la cale,
    le moteur.

    En repassant par la Corse, en retournant dans les mouillages de notre premier
    voilier, en parcourant les lieux de tournage de ces dernières années, j’ai
    songé à toute l’histoire qui s’est lentement tissé avec cette île.

    Je suis arrivé la première fois sur l’île en ferry pour un tour en vélo dans le
    Sud par un mois de mai doux et fleuri. Nous vivions alors de pain et de lonzo
    et en arrivant dans le golfe d’Ajaccio, nous avons voulu fêter l’événement par
    de la polenta. Nous avons fait notre première tentative culinaire à l’eau de
    mer : la Méditerranée n’est pas la Baltique, les 35 grammes de sel par litre
    ont eu raison de notre appétit et du plat de polenta.

    Pus tard c’est avec notre propre voilier que nous découvrions la Revelata (phare
    de Calvi) au petit matin, nous glissions sous les remparts pour rejoindre ce
    mouillage si favorable aux navigateurs.

    Et puis ce fut le travail à France 3 Corse qui me permit d’arpenter l’île et de
    l’aimer avec plus de raison que d’admiration. J’ai écouté parler de
    l’attachement à la terre, je me lie aux terres que j’aborde dès qu’elles me
    racontent leurs histoires, dès que des liens d’humanité s’établissent entre
    elles et moi.

    L’île de mon travail et de mes premières croisières m’a fait un dernier cadeau :
    pendant deux semaines nous avons pu naviguer avec de merveilleuses conditions
    météorologiques entre sa pointe sud et sa voisine la Sardaigne.

    Dans un enivrant jeu de miroir, nous sommes passés d’une île à l’autre,
    observant la mer de la terre, la terre de la mer et la terre d’une autre terre.
    Ce vaste décor est celui d’un opéra où se succède les scènes tragiques des
    tempêtes et l’enthousiasme du premier acte de la Traviata.

    Au cour de ce paysage mi-marin mi-terrien, sur un rocher isolé de l’Archipel des
    Lavezzi, je me suis interrogé sur ces îles pointillées qui parsèment les Bouches
    de Bonifacio : où sont les continents ? Chaque parcelle de terre entourée d’eau
    peut-être l’île d’un ensemble terrestre plus grand qui serait son continent.
    Finalement, ne sommes-nous pas toujours sur le continent d’une île plus petite
    ?

    Notre vie s’écrit, rythmée par les navigations souvent exaltantes mais aussi
    parfois laborieuses, par la curiosité pour de nouvelles terres, par l’entretien
    du voilier, par des moments de calme et de détente entre la mer et la terre.
    Nous avons le sentiment de vivre ce que nous avons choisi, indépendamment des
    contraintes. Une limite sournoise et insurmontable demeure cependant et
    l’immensité des mondes à découvrir et des connaissances à explorer la rendent
    encore plus flagrante, absurde, injuste et cynique : le temps de vivre nous est
    compté.

    Nous quitterons Majorque demain : l’ancre traverse les eaux mouvantes et
    s’accroche à la fermeté tendre du fond, elle nous épargne la dérive et
    l’échouage. Pour la décrocher et la remonter, l’effort est toujours nécessaire.
    Mais une fois à la proue, elle se plaît à vaillamment accompagner le mouvement
    du voilier en narguant les embruns. Ainsi peut-être devenons-nous ?

    Amicalement,

    François et François

    —–

    De Tanger, le 20 septembre 2004

    Prologue

    Depuis Palma, nous avons rejoint Ibiza, île de la fête et du luxe. Puis nous
    avons descendu la côte espagnole en faisant une incursion à Grenade pour nous
    éblouir à nouveau devant l’architecture arabo-andalouse. Gibraltar fut une
    escale technique pour affiner certains aspects d’Oreo. Du haut du rocher de
    Gibraltar, le Djebel Tarik des Arabes, nous avons observé les trois points de
    nos doutes et de nos biographies passées et à venir : la Méditerranée,
    l’Afrique, l’Atlantique au-delà du Détroit. L’au-delà du Détroit est devenu
    obsédant et fascinant. Et nous voici désormais à Tanger. Nous allons descendre
    doucement la côte marocaine jusqu’au Canaries, les vents ne semblent pas
    suffisamment favorables pour atteindre Madère et le temps passe.

    Tanger

    Ivresse d’odeurs, de foules, de regards. Nous avons franchi Gibraltar.
    Oreo est amarré sous la Médina de Tanger. Autres rythmes, autres codes. L’Europe
    si proche est loin derrière nous mais elle est ici l’objet de tous les
    fantasmes, jusqu’à l’exaspération.

    La transition est brusque, toujours : le premier jour est celui de la
    non-appartenance au lieu. Le temps passe et la rue nous appartient aussi.
    L’escale devient nouvelle terre d’accueil, la vie et le voyage se mêlent de
    nouveau. Les échos des années marseillaises résonnent dans la vie d’aujourd’hui
    : instants simples partagés avec un inconnu, atmosphères de lieux : nous nous
    sentons vivre.

    Le carnet de voyage a la couleur des pays qui l’inspirent : des nuances
    délicates des Baléares, nous sommes passés aux contrastes saisissants, à la
    profondeur de champ d’une société en mutation.

    Tanger, cousine de Marseille, Tanger autre côté du miroir. Tanger, ouverte sur
    le Détroit et l’Océan, l’Espagne pour horizon, la montagne en arrière pays,
    zone de contact et de rupture, symétrie de Gibraltar, ouvert sur le Détroit,
    fermant la Méditerranée.

    Le Détroit, c’est le baptême du courant : courant favorable qui se fait muscle
    puissant et nous happe soudain, étrangeté des vagues qui luttent contre une
    force contraire, mer qui se creuse sans raison. La géographie de la surface
    mouvante qui nous porte est en mutation.
    Les brumes voilent souvent le mariage des eaux atlantiques et méditerranéennes.
    Nous avons joué dans les flots aux portes de l’Océan, nous pensons aux marins
    de Phocée découvrant la marée.

    Tanger enveloppé dans la moiteur et la poussière du Sahara.

    Tanger révélatrice aussi de ma douleur de nomade : j’investis un nouveau lieu,
    construis de nouveaux repères, lie des amitiés vivantes d’échanges passionnés
    et je reprends ma route.
    La découverte et l’adieu irriguent chacun de mes pas, j’apprends à connaître et
    j’aime, l’émotion me submerge. Merci Nourredine pour ton intelligence du Monde,
    merci Abdou pour ta sensibilité.

    La douleur du partir imprègne le lâcher des amarres.

    Ainsi je souhaite aimer le Monde, dans le mouvement.

    Tanger, tu es la porte de notre nouvel Océan.
    Atlantique, la mer au-delà de l’Atlas.

    Nuit de brouillard dans le port de Tanger.
    Centaines de voitures arrêtées.
    Des émigrés marocains rentrent en Europe,
    Attente.
    Rondes des ferries dans le Détroit.
    Adolescents des campagnes rêvent d’une partance clandestine.
    Les grilles du port ne sont pas hermétiques.

    Soldats dans la brume.
    Lumières de Tarifa à portée de main,
    Désirs confus et obsédants qui enveloppent les biographies qui se croisent :
    « Tu es de la France ?
    Je cherche un camion pour retourner là-bas, j’ai grandi à Orléans mais mon père
    m’a ramené ici à l’age de 13 ans, je veux retourner, j’ai peur, c’est
    dangereux, un garçon qui voulait partir est mort hier dans le coffre d’une
    voiture.
    Je m’appelle Ismaël, j’ai 17 ans, donnes-moi ton adresse, je viens te voir quand
    je serais en France »

    A bientôt

    François et François

    —–

    De Las Palmas de Gran Canaria, le 20 novembre 2004

    Prologue

    Après Tanger, nous avons suivi la côte marocaine dans un sympathique cabotage.
    Nous avons réalisé notre première grande traversée avec Oreo (quatre jours !)
    d’El Jadida au Maroc à Graciosa, première île au nord-est de l’Archipel des
    Canaries. D’une île à l’autre (Graciosa, Lanzarote, Furtaventura, Gran
    Canaria), nous sommes arrivés au mouillage de Las Palmas de Gran Canaria où de
    nombreux navigateurs finissent d’océaniser leur voilier pour la grande
    traversée vers les Caraïbes. Nous faisons de même en espérant pouvoir reprendre
    la route assez tôt pour profiter aussi des îles du Cap Vert avant de rejoindre
    Salvador de Bahia.

    Un petit texte sur la vie en mer.

    Histoire de l’Océan

    Vent heureux.
    El Jadida, Maroc.
    Les coffres garnis de dattes, d’épices, de musiques, de fruits frais et de
    poissons.

    Le môle est peuplée d’enfants et d’adolescents.

    Dernières paroles lancées au voilier de la terre qui s’éloigne :

    – Vous êtes d’où ?
    – De Marseille.
    – Ah ! Marseille, la Vierge de la Garde !!!

    Devant nous, quatre jours d’océan.

    Les yeux sur l’étendue circulaire, l’esprit au Maroc, la pensée avec Marguerite
    Yourcenar, faire le tour de sa prison avant de quitter vraiment.

    Roulis. Roulis.
    Lune rousse sur l’horizon nocturne.

    Chaque vie aperçue est un événement :
    Silhouette massive de navires, mouettes au ras des embruns, dauphins un instant
    à l’étrave.

    Courir au-delà du vertige de l’immensité océane :
    Lire, passer du désert sans limite au fourmillement intérieur de l’imaginaire.

    Tour de veille,
    Préserver l’énergie vitale,
    Le vent pourrait forcir.

    Météo marine en temps universel :
    Radio,
    Echos inattendus de la fureur du Monde.

    Respirer.
    Deux humains, en toute confiance avec un voilier, scrutant le mouvement des
    éléments : teintes du ciel, rythme de la houle, variations du vent.
    Deux humains, quelques mots, exister.
    S’offrir à l’Océan.

    Mouvement. Mouvement. Mouvement.
    Mouvement briseur de sommeil.

    Aube du quatrième jour :
    Une terre posée sur l’horizon,
    Une île au mouillage possible.

    Ancrer.

    Évoquer l’immobilité du sol.

    Dormir vraiment.
    Descendre à terre.
    Se hisser au-dessus de l’eau,
    Atteindre le sommet d’un cône volcanique érodé.

    Caresser des yeux le mouillage, embrasser l’île.
    Observer le Nord, la route sillonnée.
    Méditer vers l’Ouest.

    Redevenir un terrien, être social.
    Garder au creux de soi l’accord fragile avec l’Océan.
    Résister aux craintes et aux doutes.

    Mer à parcourir, mer franchie.
    Jeux aléatoires de la séduction océane :
    Rentrer dans l’enchantement, prudemment.

    Bonne route à tous et bon vent aux marins.

    François et François

    —–

    De San Sebastian de La Gomera, le 3 decembre 2004

    Bonjour

    Mouillage

    Las Palmas de Gran Canaria, un mouillage idéal pour achever la préparation du
    voilier avant la traversée : protégé par le brise-lame du port de commerce,
    bien abrité du vent du Nord, un peu rouleur pour rester amariner. Il a la
    particularité d’être un des rares mouillages sûrs de l’Archipel, aussi malgré
    son étendue, la centaine de voiliers qui le peuplent lui donnent une densité
    parfois inquiétante selon le vent dominant du jour.

    Les équipages s’activent : plus rien ne doit désormais manquer à bord, des
    provisions aux pièces de rechanges, de l’eau potable à la quantité de carburant
    disponible. La plupart des voiliers partent de Las Palmas pour les Antilles
    directement, d’autres comme nous vont jusqu’aux Iles du Cap Vert.

    Chacun vit ici son rêve. Une certaine appréhension règne parmi ceux pour qui
    c’est la première fois, les alizés seront-ils réguliers, la houle sera-t-elle
    légère ? Les marins aguerris qui en sont parfois à leur deuxième tour du monde
    rassurent alors par un « Le plus dur est derrière vous » en parlant de la
    Méditerranée.

    Ce monde du mouillage est loin de la terre, il a sa vie propre, son atmosphère
    internationale et marine, une communauté de direction à un moment de la vie de
    chacun. La ville pourtant ardemment présente devient un décor mobile au grès de
    l’évitement des voiliers autour de leur ancre.

    Dans les cockpits, les navigateurs contemplent le paysage en mouvement, et
    parlent de technique, des navigations passées et à venir. Quand les
    conversations se prolongent parfois tard dans la nuit, les langues se délient
    encore, et les voyageurs parlent de leurs choix de vie, des difficultés d’avant
    le départ. Des instants étranges où des êtres qui se connaissent à peine parlent
    d’eux-mêmes en toute liberté et sont heureux ensemble dans l’univers instable du
    voyage, de l’océan.

    Quelques minutes en annexe est un autre monde est atteint, la plage qui borde le
    mouillage, une plage particulière au centre de la ville et au fond du port mais
    une plage de jolie sable cependant. Cet espace est le lieu où je cours en fin
    d’après-midi, ce moment précieux où après une journée de travail sur le voilier
    il est bon de s’aérer l’esprit et le corps sur la terre ferme.

    Le mouillage vue de la terre à cette heure-là est prometteur est enthousiasmant
    : les voiliers jouent avec la perspective et composent une harmonie de coques
    et de mâts que le soleil couchant colore de nuances mordorées. Plus loin les
    grues du port de commerce dominent l’ensemble, la ligne du brise-lames clôt la
    composition et rassure : l’océan est bien là, mais tenons le un peu à l’écart
    de nos préparatifs pour le moment. C’est un des rares moment où plutôt que de
    contempler la ligne d’horizon houleuse , les yeux apprécient un imposant et
    rassurant mur de béton.

    Quelques mots échangés chaque jour m’ont appris à connaître un groupe de jeunes
    marocains qui chaque soir après leur partie de football attendent une berline
    blanche.

    Ils viennent d’Agadir, de Marrakech, d’El Jadida, de Layoune. Ils ont entre 15
    et 17 ans, ils ont réussi l’aventure de venir ici trois ans auparavant. Le bon
    age finalement pour vivre cette imprudente équipée, pour tenter sa chance vers
    un avenir meilleur.

    Ils ont rêvé d’Europe devant la houle qui déferle sur les longues plages du sud
    du Maroc. Gibraltar est loin, trop surveillé, Layoune c’est le désert qui
    rejoint l’Océan où tout est possible.
    Avec l’aide financière et morale de leur parents inquiets pour leurs propres
    avenir et ceux de leurs adolescents, ils ont embarqué sur des pateras comme les
    appellent les Espagnol. Ces barques de fortune sont un éphémère assemblage de
    bois de palettes, il faut écoper sans cesse, mais elle possède un moteur hors
    bord. Deux jours d’Océan entassé dans l’embarcation et voilà la première étape
    franchie vers le rêve : Fuerteventura, l’île de l’Archipel des Canaries
    distante d’à peine cent kilomètres des côtes africaines. Ils ont erré quelques
    temps dans ce nouveau monde puis l’Europe organisée les a recueilli. Rejoindre
    la péninsule, voilà le nouvel objectif à présent. Cette Espagne d’outre mer
    n’est pas celle de leurs rêve, c’est toujours l’Afrique disent-ils, cette
    Afrique qui fait pourtant rêvé tous les navigateurs du mouillage.

    L’ailleurs meilleur. meilleur pour survivre essentiellement pour ces adolescents
    de l’inégalitaire royaume chérifien, meilleur pour s’épanouir pour les Européens
    en voyage.

    Les Canaries, archipel révélateur des regards opposés et des découpages brumeux
    de l’espace terrestre : dernière escale européenne pour les uns, premier pas
    vers une Europe encore lointaine pour les autres.

    Les mondes se côtoient sur la grève mais nationalités et biographies de chacun
    restent les frontières infranchissables des existences humaines. Le voyage
    rappelle souvent cette réalité.

    Ils voulaient tous embarquer sur Oreo pour Cadix. Je n’ai pas eu le courage de
    participer à leur rêve.

    Amicalement

    François et François

    —–

    Apprivoiser l’Océan ? le 7 janvier 2005

    Préambule

    Un carnet déjà ancien mais un bon prélude à notre voyage trans-océanique.

    Apprivoiser l’Océan

    Du sommet de Ténérife, à 3500 mètres, il est doux d’observer l’Océan. La houle,
    soudain légère ondulation, capte harmonieusement les rayons du soleil.

    Sur l’étendue marine s’élèvent les repères tangibles des îles voisines : La
    Palma, La Gomera, Hierro.

    Nous voici partis de Ténérife pour La Palma. La lune rayonne sur l’Atlantique,
    Ténérife domine notre horizon oriental de son imposante stature parsemée des
    lumières de la vie des hommes.

    Les 100 milles de la traversée vers La Palma sont une savoureuse promenade.

    La Palma nous relie à l’intimité de la planète, le magma n’est pas loin de la
    surface basaltique.

    Des crêtes du volcan, nous avons de nouveau embrassé le domaine circulaire
    offert à notre regard. Les cimes des îles voisines émergeaient des nuées qui
    noyaient l’Océan.

    Ici, nous avons surpris les limites possibles de l’immensité océane en
    saisissant l’espace entre les îles. Un nouveau paysage marin se construit,
    l’intervalle entre les îles devient une nouvelle mer intérieure.

    Nous avons repris la mer au petit matin. Le calme régnait sous les falaises de
    La Palma puis, au large, un souffle nous enleva à l’île suivant. L’Océan
    brillait, les embruns volaient sur le pont. Nous plongions au creux des
    ondulations frénétiques de la surface mouvante pour mieux culminer à nouveau
    sur la crête des vagues qui emportaient Oréo dans une course éperdue vers la
    nouvelle île espérée.

    Les contours de notre mer intérieure rayonnaient, nous vivions en son sein :
    l’île de La Gomera dans notre cap, Ténérife à notre bâbord, La Palma
    s’estompant dans notre sillage.

    Les falaises de La Gomera se profilent, me voici à la barre les sens enivrés de
    couleurs, de vitesse et des sifflements du vent.

    Immensément minuscule et radieux d’avoir, pour un instant seulement, maîtrisé
    harmonieusement l’immensité.

    Merci pour ce cadeau à notre fragile humanité.

    François et François

    —–

    De Praia, île de Santiago, Archipel du Cap Vert, le 7 janvier 2005

    Bonjour et meilleurs voux pour 2005,

    Nous étions bien arrivés au Cap Vert mais la vie ici fut si riche que le temps
    nous a manqué pour écrire.

    Nous avons visité trois îles : São Vicente, Santo Antão, Santiago.

    Nous voulons être arrivés au Brésil pour le Carnaval de Recife, alors désormais
    nous devons partir.

    Un départ difficile. Aujourd’hui. Les alizés sont établis.

    Une petite histoire d’îles et de continent : à Santiago, l’île la plus vaste et
    la plus peuplée, l’île de la Capitale Praia et longtemps la seule habitée de
    l’Archipel, les habitants se considèrent d’un continent. Les autres parties de
    la République sont pour eux « les îles. »

    « é um pais pequeno, mas com um coração muito grande. »
    C’est un petit pays mais avec un coeur très grand.

    Ils s’appellent Jacinto, Phil, Tutui, Arnaldo. Ils chantent le Rap en créole du
    Cap Vert et c’est par cette phrase qu’ils nous ont saluée en musique alors que
    doucement nous remettions les pieds à terre après nos huit jours de navigation
    depuis El Hierro. Assis sur la place principale de Mindelo, nous goûtions un
    bain d’humanité.

    Nous étions encore à plusieurs milles d’elles quand nous avons perçu les
    lumières tremblotantes des îles de Santo Antão et de São Vicente. Au matin,
    elles étaient devant nous, le soleil inondait leurs falaises noires, quelques
    nuages semaient généreusement une pluie d’habitude rare. Les arcs-en-ciel
    vagabondaient.

    Terre aride, miraculeuse par l’énergie qui l’anime, par la jeunesse de ses
    habitants.

    Blocs de laves érodés au creux de la houle de l’Atlantique à l’histoire
    mouvementée, alternance de prospérité et d’oubli.

    Ici toute famille à quelqu’un au dehors, alors le Monde est plus large que la
    Baie, les habits viennent de New York, les musiques se croisent et se
    métissent.

    Ici aussi, chacun songe à un ailleurs plus prospère, plus vaste peut-être.
    Ici aussi, Oreo aurait pu s’étoffer d’un équipage nombreux et dynamique pour
    atteindre une autre terre.

    Histoire de migration

    Le carnet de voyage s’enrichira encore souvent de l’histoire de ces chemins
    individuels, reflets des mouvements du Monde. Ces histoires d’êtres humains me
    passionnent, elles participent à l’histoire de l’échange au-delà des douleurs
    qu’elles révèlent.

    Adilson a 28 ans, il est revenu de New York depuis six mois.

    Avant de me conter son aventure, nous avons sillonné à bord de son fourgon les
    rues de Mindelo colorées des lumineuses décorations de fin d’année.

    Errance mécanique dans un décor de ville coloniale des Tropiques où les
    décorations festives clament résolument le froid mordant du Nord.

    Arrêt sur une hauteur qui domine la baie, la radio distille une musique
    capverdienne forcément nostalgique.

    Plus tard dans la nuit car elle seule permet de se raconter, nous nous sommes
    arrêtés.

    Deux de ces frères étaient dans le New Jersey depuis longtemps déjà. Lui, il en
    rêvait. En 2002, il est parti.

    Le froid et l’immensité urbaine mais.
    New York est le décor orgueilleux de la cinématographie qui visite la planète.
    Vous n’êtes jamais allés à New York et pourtant vous arrivez et vous vous
    promenez dans les rues comme si vous aviez franchi l’écran en vous levant de
    votre fauteuil.

    Broadway, Brooklyn, Manhattan, Harlem, la géographie est floue mais les images
    foisonnantes .

    Adilson est entré dans le film et il joue avec les acteurs dans le décor de ses
    rêves d’îlien.

    Deux mois à la charge de ses frères : l’ennui et la solitude l’assaillent.
    Enfin il travaille : il enchaîne deux emplois (cuisine et ménage) et se noie à
    la tâche douze heures par jour.

    Au bout de deux ans, il abandonne. Il a économisé de l’argent, il parle anglais,
    il est libre.

    Il rentre au pays, épuisé mais heureux de l’expérience. Il ramène un ordinateur,
    un piano électrique et une moto. Il ne partira plus, il aime son île et il
    conseille aux jeunes qui l’assaillent de questions de faire eux-même leur
    expérience.

    Retour à la musique.

    Jacinto, Phil, Tutui, et Arnaldo sont nos compagnons musicaux. Photos et clips
    se succèdent et ils s’offrent à l’objectif avec plaisir.

    Une grande nouvelle : Tutui se marie et nous sommes invités à la Noce vers
    minuit un samedi. Avant, c’est avec la famille nous disent-ils.

    Parcours initiatique de maisons en maisons dans des ruelles sombres pour réunir
    tous les copains et acheter deux bouteilles de punch.

    Une pièce dans la lumière crue d’un fluorescent.

    Des jeunes attendent, un maître de cérémonie de 18 ans en costume cravate trône
    derrière une table. Fleurs et photographies des mariés.

    Deux bouteilles de coca, une pizza.

    Nous assistons à la plus touchante des cérémonies de mariage.

    Tutui et Maria ont 20 ans. Pour se prouver leur attachement, ils créent leur
    mariage en marge de l’officiel, du monde des parents et des adultes.

    Le maître de cérémonie est convainquant dans son discours, la concentration
    profonde. Les alliances s’échangent dans un sourire généreux.

    Nous ne danserons pas après. Il faut rester discret car les voisins sont âgés et
    ils dorment déjà.

    Santo Antão

    Nous laissons Oreo au mouillage sur São Vicente et passons cinq jours en
    randonnée sur l’île voisine de Santo Antão.

    Autant la côte sous le vent est désertique, autant la côte au vent porte une
    végétation luxuriante de papayers, cannes à sucre, bananiers, caféiers qui
    prospèrent dans les profondes vallées qui entaillent les montagnes.

    Le croisement du travail centenaire des hommes et les dimensions imposantes des
    falaises provoque une joie recueillie. Mémoire des générations précédentes,
    hommage à l’humble travail vital qui irrigue le paysage.

    Les terrasses des cultures verdoyantes entretenues avec soins s’étagent jusque
    dans les infractuosités des falaises, les chemins pavés circulent d’une vallée
    à l’autre en empruntant des parcours vertigineux, l’habitat de villages
    clairsemés bruisse d’activités, les nuages envahissent souvent l’ensemble de la
    vallée, ramenant la visibilité à quelques pas.

    Et le soir, dans une discothèque improvisée à quelques pas des rouleaux de
    l’Océan, il est bon de retrouver les jeux de l’Humain. Les sommets sont parfois
    trop vertigineux.

    Amicalement à tous,

    François et François

    —–

    De Salvador

    Enfin le site oreotravel commence à être
    structuré, vous pouvez donc voir
    quelques images de la transatlantique et du voyage sur

    http://oreotravel.free.fr

    Bonjour,

    Mais non, Oreo n’a pas sombré pendant la
    traversée de l’Atlantique. Ce n’est pas
    non plus qu’il n’y a pas de cybercafé à Salvador,
    c’est simplement que parfois
    la vie est difficile.
    Pendant la traversée le calme et l’apaisement se sont
    installés.
    Splendide.

    Nous sommes partis de Praïa, un soir, poussés par
    les alizés chargés de sable.
    Une heureuse discussion avec Babar (oui cela existe) nous a fait choisir
    l’option plein sud pour traverser l’équateur le plus
    à l’est possible.

    Les premiers jours furent pénibles,
    à cause du sable qui limitait notre visibilité
    à  deux milles marins et qui nous
    cachait le ciel,
    à cause de l’appréhension du pot au noir (zone
    sans vent juste au nord de
    l’équateur) et de la perspective d’avoir à
    attendre sur une mer d’huile,
    et enfin à cause de la carte couvrant tout
    l’océan, en rapportant le point nous
    n’avions pas vraiment l’impression de nous éloigner du Cap
    vert.
    Un soir vers quatre degré nord l’alizé a
    brusquement faibli, puis un orage
    équatorial nous est tombé dessus.
    L’entrée dans le pot au noir fut une fête.
    Nus dans le cockpit, au centre d’une sphère sans dimension,
    d’un noir absolu,
    tous les trois (en comptant Oreo) nous nous lavions sans
    compter  l’eau. Le
    lendemain un léger vent du sud nous tirait vers
    l’équateur, le ciel était d’un
    bleu limpide parsemé d’énormes masses de cumulus
    très blancs et très noirs sous
    lesquelles il pleuvait à perdre haleine.
    Le temps était installé où nous
    n’avions plus de repère.

    En mer le 25 janvier 2005,
    J’ai du mal à imaginer que cette étendue d’eau
    sur laquelle nous vivons depuis
    tant de jours est une limite. Parfois j’ai même des doutes
    sur le fait que nous
    soyons en mouvement. Pourtant, on ne peut pas dire que rien ne bouge,
    ce serait
    même plutôt le contraire, ou que chaque jour se
    ressemble, le vent, le ciel et
    la mer variant à l’infini.
    Voilà vingt jours que le monde est réduit
    à la surface d’Oreo, à notre relation
    et à deux éléments l’eau et l’air.
    Il nous faut réapprendre la terre et le feu. Mon cour est en
    fête de cela, des
    amis nous attendent, les festivités du carnaval vont
    bientôt commencer, il y a
    des gens à rencontrer, un pays à
    découvrir.
    Mais pour cela il faut quitter le milieu de la mer.
    Nous avons traversé un continent d’eau avec ses animaux, ses
    histoires, les
    personnes incertaines de ce qu’il y avait de l’autre coté,
    ce qui ont bu l’eau
    croupie faute de vent, ceux qui sont morts en fond de cale parce
    qu’esclaves,
    ceux avec qui nous avons sympathisé au mouillage et qui sont
    au centre  d’un
    autre horizon sur le même océan. Durant ces
    longues journées et longues nuits
    c’est aussi notre histoire personnelle qui remonte, le chemin qui nous
    a menés
    là, les injustices commis et subies et bien sûr la
    mort.
    La notre qui nous oblige à vivre et celle des autres qui
    nous en empêche.

    Amicalement,
    François et François

  • Stupeur et Tremblements : la complicité CORNEAU – ANGELO

    Stupeur et Tremblements : la complicité CORNEAU – ANGELO

    Eloigné depuis plusieurs années de son métier d’opérateur à cause de son passage à la réalisation (Le Colonel Chabert, Voleur de vie…) Alain a accepté avec enthousiasme la proposition d’Yves de se remettre à diriger la photo d’un film principalement à cause de la décision de tourner en Vidéo Haute Définition (HD 24P). Cette nouvelle manière d’envisager l’image d’un film l’a séduit.

    Ayant déjà eu l’occasion, sur son dernier film en tant que réalisateur opérateur (Sur le bout des doigts) d’utiliser la vidéo HD, il cite en référence cet outil qu’il avait alors commencé à apprivoiser.

    Pour « Stupeur et tremblements », le choix d’image délibéré était de se rapprocher d’une sensation de précision différente du 35 mm, de rigueur propre à ce rendu « un peu japonais » qu’on associe à la vidéo HD tout en jouant discrètement sur la saturation des couleurs. Il se trouve que ce nouveau support était assez adapté au sujet. De plus, après quelques essais, on s’aperçoit vite en situation que les caméras numériques offrent une définition en basses lumières inégalée, particulièrement intéressante pour les regards dans les gros plans de comédiens. Comme le film repose énormément sur des échelles de plans assez rapprochées (plan moyen à gros plans de visages), la pureté des images, le détail incroyable qu’on récupère sur l’écran de contrôle est un véritable gain en ce qui concerne le contrôle sur le plateau. On peut beaucoup plus facilement qu’en 35 observer finement toutes les subtilités du jeu d’un comédien. Cette « vérité » en direct est pour Yves l’occasion d’éliminer toute confusion, ou erreur de compréhension entre membres de l’équipe. Par exemple, il ne peut plus y avoir de malentendu sur un choix de la profondeur de champ, puisque chacun peut constater le résultat final en direct sur l’écran. Si c’est bien sur le moniteur, ça sera bien aussi plus tard. En revanche si ça ne marche pas, inutile de se retrancher alors derrière l’alibi technico-artistique du « ça sera mieux en salle, ou après l’étalonnage… » Etre un peu en prise directe avec le résultat, comme en quelque sorte un peintre avec sa toile.

    Un avantage très important comparé au tournage classique en 35mm, où il faut attendre les rushs au moins jusqu’au lendemain pour pouvoir juger le rendu d’une séquence. Cette vision précise et instantanée autorise un travail en profondeur sur l’image au moment même du tournage, avec pourquoi pas, selon Yves , des apports et des avis éventuels de collaborateurs qui n’auraient normalement pas pu formuler la chose sans voir l’image se créer devant eux.

    Une nouvelle façon de considérer la fonction de directeur de la photographie. Au risque aussi de voir un interminable ballet de gens de la production venir donner leur grain de sel sur des films où le contrôle artistique de la mise en scène est peut être moins évident.

    Cette manière de pouvoir travailler l’image directement sur le tournage est donc bien à considérer comme un moyen non pas de « filmer le plus neutre possible » pour ensuite tout faire à l’étalonnage numérique, mais bien d’essayer de se rapprocher le plus possible du rendu désiré sur le moniteur HD.

    D’un point de vue purement technique (signal vidéo encore limité dans la restitution des hautes lumières) il est intéressant de constater que le numérique paraissait, au départ, un peu contre-indiqué pour réaliser « Stupeur et tremblements ». En effet, le tournage à 95% dans des intérieurs jours de bureaux tournés en décors naturels n’était pas pour faciliter le rendu des rapports de contraste assez élevés notamment entre l’intérieur et les découvertes extérieures. Pour à la fois gérer cette contrainte, ne pas être tributaire des changements de météo, et surtout ne pas avoir à perdre de temps sur le plateau, Yves a décidé de faire globalement « chuter » l’ambiance naturelle d’intérieur jour assez lumineuse en collant sur chaque fenêtre plusieurs couches de gélatine DN 0.9 , diminuant drastiquement le niveau maximal des découvertes. Transformé en une sorte de bureau très sombre, et cela même en plein milieu de la journée, le plateau de « Stupeur et tremblement » s’est ainsi « adapté » à la sensitométrie des capteurs HD, bien plus à l’aise dans les basses que les hautes lumières. La quantité de lumière ensuite rajoutée sur les comédiens était si faible que les photographes de plateau de passage étaient à leur grand désespoir en perpétuelle sous exposition chronique pour leurs clichés !

    Commençant à ouverture moyenne, les plans les plus larges tournés en milieu de journée n’engageaient en général que quelques petits projecteurs bien placés. Au fur et à mesure que la lumière extérieure baissait, Yves réduisait alors cette quantité, tout en ouvrant le diaph pour pouvoir tourner presque jusqu’à la nuit tombée, tout en conservant l’effet jour raccord.

    Concernant le tournage en lui-même et l’utilisation de l’outil caméra, Yves Angélo regrette bien entendu certains aléas de jeunesse, comme la médiocrité du viseur noir et blanc , ou bien le problème du tirage optique « flottant » (Back Focus) . En effet, il est nécessaire de vérifier ce dernier à chaque changement d’optique, sous réserve de perdre irrémédiablement le point sur certaines prises. Egalement au rang des critiques ; le bruit émis par la caméra et le moniteur, particulièrement gênant dans certaines conditions de prises de sons synchrones.

    En ce qui concerne la postproduction, et le retour sur film, Alain Corneau raconte que, ce retour sur pellicule 35mm a d’abord été effectué de manière empirique, ce qui aboutissait à des résultats un peu bizarres et parfois sans correspondance réelle avec ce qui avait pu être contrôlé sur le moniteur de référence. C’est grâce à l’utilisation d’un logiciel spécifique d’étalonnage (Alice) associé à l’imageur Arrilaser, que le contrôle exact du rendu a pu s’effectuer correctement chez Eclair. A ce sujet, Yves Angelo pense néanmoins que cette phase de conversion du numérique vers l’argentique reste la plus délicate. « Le tournage numérique ne se généralisera vraiment qu’une fois que le retour sur film pourra être évité C’est à dire quand la projection numérique se sera imposée dans les salles. »En conclusion de cette première expérience du tournage en HD, Alain Corneau est vraiment enchanté. Ayant près de quarante ans d’expérience dans le milieu du cinéma (depuis ses débuts en tant qu’assistant de Costa Gavras dans les années 60) , il n’hésite pas à comparer la révolution de la HD à celle qu’à connu le son à la fin des années 80 quand la restitution digitale est arrivée (« Tous les matins du monde » fut d’ailleurs un des premiers films français à exploiter l’ampleur du son numérique grâce au procédé LC Concept, ancêtre du DTS) Grand amateur de musique, et audiophile exigeant, il se souvient alors notamment des réserves stériles opposées par les défenseurs du microsillon et du son analogique face à l’arrivée du CD numérique. « Comme à chaque évolution technologique, il y aura toujours quelques grincheux refusant la modernité pour critiquer telle froideur ou tel manque subjectif de qualité à l’image ou au son. Pour moi, l’avenir est tout tracé , la prise de vue numérique représente vraiment le futur du cinéma, plus proche du réalisateur, plus facilement contrôlable, et tellement plus en phase avec le jeu des comédiens. Même si, comme toujours en matière de cinéma, on ne peut pas formuler de théorie de principe ».