L’Image-Based Lighting, ou IBL, est une technique d’illumination photoréaliste permettant d’éclairer des objets virtuels à partir de la photographie d’un environnement réel. Elle est principalement utilisée avec des images à haute dynamique permettant d’accroître la précision de l’environnement lumineux appliqué à la scène de synthèse. Cette technique récente pose toutefois de nombreuses problématiques qui perturbent son développement au sein du monde professionnel. Principalement par manque d’informations, il est très difficile à l’heure actuelle de mettre en place une chaîne précise et cohérente pour la production de telles images. A la vue de la faible documentation disponible sur le sujet, il nous a paru indispensable dans un premier temps de relier les bases du traitement photographique numérique avec celles de la synthèse d’images pour proposer une théorie de l’image à haute dynamique appliquée à l’IBL. Créer un lien entre ces deux domaines nous a permis de mettre en place une description plus précise de la chaîne de production de telles images. Nous avons pu alors nous intéresser au véritable but de cette étude : aller à la rencontre des professionnels de la synthèse d’images afin de produire un état des lieux de la pratique actuelle de l’IBL. Cette seconde partie de notre étude met en avant l’existence de nombreuses méthodes plus ou moins intéressantes, mais révèle également la présence de facteurs limitant la pratique optimale de cette technique. Un des exemples qui a particulièrement retenu notre attention est le temps de calcul : produire de telles images demande du temps et des ressources matérielles importantes. C’est l’un des nombreux points problématiques de l’IBL, tellement essentiel qu’il peut conduire jusqu’à l’abandon de son utilisation. La troisième partie de notre étude propose donc un protocole permettant de diminuer le temps de calcul d’une scène éclairée selon la technique de l’IBL. En compressant linéairement l’image à haute dynamique destinée à éclairer une scène virtuelle, nous obtenons une image moins lourde, qui comporte toutefois des rapports similaires en termes de luminance. L’utiliser pour éclairer une scène virtuelle peut alors sensiblement alléger le temps de calcul. Cependant, la qualité du rendu produit peut s’en trouver fortement dégradée et l’utilisation qui peut être faite de cette méthode est associée à de nombreuses conditions telles que la nature des matériaux présents dans la scène ou les caractéristiques de l’image à haute dynamique initiale.
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La prévisualisation de l’image : vers une communication universelle
La révolution numérique est en marche. Après avoir investi presque totalement le domaine de la postproduction et des effets spéciaux, cette nouvelle technologie se généralise petit à petit du tournage à la projection. Cependant, cette évolution technique a profondément changé des méthodes de travail depuis longtemps éprouvées par les professionnels de l’industrie cinématographique.
En mutation permanente, la chaîne de fabrication des films comporte aujourd’hui des opérations de plus en plus complexes, notamment dans le cas d’une utilisation conjointe des technologies argentique et numérique. Les Chefs Opérateurs n’ont pas non plus été épargnés et le suivi de leur travail tout au long du processus de création des films leur est devenu de plus en plus difficile. Mais si le numérique a bousculé avec son arrivée le monde du Cinéma, il lui a aussi apporté de formidables outils, à l’instar de l’étalonnage qui offre désormais des possibilités de création inimaginables jusqu’alors.
Par ailleurs, l’avènement du Digital Intermediate (procédé selon lequel les rushes issus d’un tournage en pellicule ou en vidéo sont numérisés à des fins d’étalonnage avant un report sur film ou une exploitation numérique en salle) a montré que la maîtrise de la cohérence du rendu de l’image dans le cas d’une postproduction numérique est devenue indispensable aujourd’hui. Ainsi, ce travail présentera, après un rappel des éléments qui composent la chaîne de fabrication des films, les diverses solutions qui s’offrent aux Chefs Opérateurs afin qu’ils puissent tirer parti des avancées du numérique sans en subir les contraintes.
Il détaillera alors les différents systèmes dits « de prévisualisation de l’image » en essayant d’en dégager les points forts et les points faibles, puis tentera de montrer en quoi ils peuvent devenir les outils d’une communication visuelle universelle, si importante aujourd’hui pour les Chefs Opérateurs et ses collaborateurs.
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L’espace dans le documentaire radiophonique
À l’écoute du monde… Le documentaire radiophonique s’écrit avec le réel ; le fragmentant, le recomposant, le « radiographe » en fait émerger le sens. Le microphone capte, capture des fragments d’espace ; ou plutôt des microphones captent, capturent…
Car rapidement le système croît, se développe et nous offre une anamorphose multiphonique où « l’effet de réel » est de plus en plus frappant. « On s’y croirait », entendons-nous fréquemment… Mais ce relief sonore s’impose-t-il comme un faire valoir de plus d’authenticité, ou peut-il devenir un outil d’écriture radiophonique ? Comment la recomposition de l’espace évolue-t-elle ?
Ces techniques nous permettentelles une nouvelle écoute du monde ? Quels espaces peut alors véhiculer la radiophonie ? De représentations « naturalistes » à une perspective nodale, le « radiographe » construit son récit, agence ses éléments et dévoile son rapport au réel dans la multiplicité singulière de l’espace radiophonique…
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Obésité infantile, questions et représentations photographiques de l’image du corps
Cette recherche se fonde sur l’idée qu’une représentation de soi par la
photographie aide à l’appréhension de l’image du corps chez les sujets adolescents et obèses. Le mémoire tente la mise en place de trois axes de recherche et se conclue par l’analyse de la partie pratique réalisée à l’Hôpital Saint Vincent de Paul.La mise en oeuvre des réflexions suscitées lors de ces recherches nous a conduit à introduire le travail personnel dans le corps de la recherche puisqu’il est intrinsèquement lié aux investigations qui ont guidé la démarche photographique auprès des jeunes, et inversement, l’élaboration de la partie pratique a orienté la recherche.
Nous avons tenté au départ de prendre l’hypothèse de l’élaboration d’un travail commun avec les patients, enfants et adolescents obèses. La première partie détermine les questions du lien établi entre photographie, maladie et soin, établissant la distance créée par la nature de la relation, les bénéfices qu’elles suscite pour le photographe ou le modèle.
Plusieurs travaux et références viennent soutenir cette étude : la photographie, moyen innovant pour l’observation sur les malades hystériques avec le travail de Charcot et l’étude des symptômes cliniques avec Nebreda ou Nan Goldin. Parfois, la nature du travail organise le procédé mis en place par la photographie avec Marc Pataut se différenciant des questions posées par l’art thérapie où photographe et soin se fondent en oubliant l’enjeu artistique, Jo
Spence réintroduit tout ces termes indissociables dans la discipline qu’elle invente : la photothérapie.Après avoir questionné la relation entre photographe et patient, l’image du corps des patients, sa conception et son appréhension seront examinées dans le traitement de cette question avec les oeuvres d’Achinto Bhadra, Erwin Olaf ou encore, celui amateur du blog de « Big beauty . Pour finir, nous étudierons l’obésité selon diverses modalités photographiques: l’aspect formel avec Irving Penn, Andrea Modica, Patricia Schwartz mais également le documentaire social avec Lauren Greenfield et Donald Weber, et le travail autophotographique avec Jen Davis. L’a-normalité passe d’un lieu médical à un lieu de création modifiant les stéréotypes.
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La parole asynchrone dans le cinéma documentaire
La présente étude explore différentes démarches et différents dispositifs asynchrones du cinéma documentaire. Plus particulièrement, elle vise à dégager d’une part les enjeux éthiques qui leurs sont propres, s’attachant à la relation de l’auteur aux personnes filmées et aux spectateurs via la parole asynchrone, d’autre part elle vise à en dégager les enjeux esthétiques, analysant la mise en scène de la parole et les interactions de celle-ci avec les autres éléments filmiques (images, sons non verbaux).
n guise de préambule, nous étudions au premier chapitre les relations du documentaire direct à l’asynchronisme de la parole. Nous tentons de mettre à jour les présupposés du premier à l’égard du second. Nous analysons ensuite les formes de la parole asynchrone dans le documentaire direct, notamment à travers les Daguerréotypes d’A. Varda et les Profils paysans de R. Depardon, montrant qu’elle n’y tient qu’une place marginale. Puis, prenant appui sur le dispositif singulier de Berlin 10-90 de R. Kramer, nous montrons les limites d’une telle conception et de telles formes de l’asynchronisme. Cela nous amène à penser l’asynchronisme en nous dégageant des préjugés courants à son égard, montrant combien il est susceptible d’accomplir le projet documentaire au-delà même des possibilités du direct.
Nous envisageons ensuite trois types de dispositifs asynchrones que nous appelons respectivement allo-centrés (centrés sur l’autre), impersonnels, et égo-centrés, prenant ainsi pour fil directeur à notre réflexion, l’évolution de la posture de l’auteur par rapport à la parole asynchrone – qu’il donne la parole à l’autre, se l’attribue sans vraiment s’y inscrire ou la prenne explicitement. Nous étudions les dispositifs allo-centrés de Au delà de la haine d’O. Meyrou, de Moi, un Noir de J. Rouch, de Le cercle des noyés de P.-Y. Vandeweerd, et de L’Ordre de J-.D. Pollet. Nous y montrons la mesure dans laquelle l’asynchronisme est susceptible de mettre en scène la parole de l’autre autrement.
Nous envisageons ensuite les dispositifs impersonnels sous l’angle de l’autorité. Nous tentons de mettre à jour les traits du commentaire autoritaire. Puis nous étudions un certain nombres de dispositifs qui parviennent à éviter toute posture autoritaire et qui, malgré l’impersonnalité, accomplissent un projet qui relève du documentaire. Nous abordons Le sang des bêtes de G. Franju, Les maîtres fous de J. Rouch ainsi que Nuit et Brouillard d’A. Resnais.
Enfin, nous étudions l’asynchronisme égo-centré à travers les dispositifs de Doulaye, une saison des pluies de H.-F. Imbert, de Sans Soleil de C. Marker et de l’Élégie de la traversée d’A. Sokurov. Le premier exemple nous permet de montrer les affinités entre l’asynchronisme et le cinéma du subjectif, les deux suivants nous permettent d’atteindre le cinéma de la subjectivité dont nous montrons qu’il est susceptible de documenter la conscience et l’imaginaire.
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La temporailté cinématographique
C’est toute la force de la vision deleuzienne du cinéma de se tenir au plus près du procédé cinématographique tout en lui donnant une conceptualisation jusque là inégalée en terme de rigueur et d’opérabilité.
Si, selon Pierre Macherey, Althusser aurait tenter de « donner au marxisme la “ métaphysique ” qu’il mérite », nous serions tentés de détourner cette formule au profit du cinéma, Deleuze ayant alors donné à ce dernier la « métaphysique » qu’il méritait, la formule acquérant du même coup une certaine ironie, Deleuze étant de ceux pour qui la mort de la philosophie n’avait aucun sens, fut-ce dans l’un de ses dépassements. Les guillemets, qui dans la citation originale faisaient fonction de mise à distance de ce mot honnis, n’ont plus lieu d’être et ce d’autant moins que Bergson, sur qui Deleuze fonde sa théorie, est très certainement l’un des derniers représentants d’une métaphysique (spiritualiste dualiste en l’occurrence) moribonde en tant que système.
En saisissant qu’il ne pouvait théoriser le cinéma sans mettre le procédé au coeur de son système, et à la suite d’Epstein (débarrassé des présupposés scientifiques et de toute pratique personnelle), de Bazin (débarrassé de l’ontologie et de la morale) et de Tarkovski (débarrassé de toute dimension religieuse) Deleuze avait saisi la nature fondamentale du cinéma comme art visuel du temps. Car c’est bien dans le procédé que prend racine la « métaphysique » du cinéma. Deleuze fut un philosophe qui, selon ses propres termes, pensait « avec » ses prédécesseurs, en ami, pour élaborer sa propre pensée. Même cette oeuvre tardive sur le cinéma, à une époque où il admettait être arrivé au « travail de la couleur », perpétue cette approche où l’histoire de la philosophie n’est jamais dissociable de la construction de sa pensée (l’image-mouvement et l’image-temps sont aussi une réflexion sur l’évolution de la pensée). Il en va d’ailleurs de même pour Pierce dont il remanie fortement et élargie le répertoire de signes.
Avec le concept d’image-mouvement et à plus forte raison avec celui d’image-temps, Deleuze mettait définitivement le temps au coeur de l’image cinématographique.
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Le difficile statut de la photographie ethnographique : étude du fonds photographique du musée du quai Branly.
La rédaction de ce mémoire a été motivée par différentes interrogations sur les relations qui existent entre les fonds photographiques issus des expéditions ethnographiques qui ont jalonné les XIXe et XXe siècle et le champ muséographique.
La reconnaissance du statut artistique de cette pratique photo-mécanique s’est construite en étroite concordance avec l’évolution des dogmes de l’histoire de l’Art et, en conséquence, avec la curiosité croissante que les musées des Beaux-arts ont eue pour la photographie. Cependant, justifier son ascension par un axe d’analyse trop sommaire est toutefois risqué.
En effet, sous-entendre que la légitimation de l’objet photographique s’est bâti uniquement à travers un schéma de pensée d’abord obscure à sa présence dans les musées, puis bienveillante est une façon d’éluder l’importance qu’on accorda dès le début du XXe siècle aux fonds photographiques appliqués à un champ disciplinaire tel que l’ethnologie : les collections du département des estampes de la Bibliothèque Nationale de France ou celle du musée du quai Branly, anciennement annexées au musée de l’Homme, sont donc à ce titre des sujets d’étude dignes d’intérêt.
S’intéresser à l’histoire d’un fonds à la fois composite et hétéroclite, comme celui de la photothèque du musée de l’Homme aujourd’hui transféré dans les réserves du tout récent musée des Arts Premiers, est une source riche d’enseignements sur les fluctuations des politiques patrimoniales et l’évolution des démarches de conservation. La diversité des regards portés sur ce fonds colossal, riche d’un peu plus de 580 000 pièces, depuis les origines de sa création, met en évidence l’ambiguïté de son statut, oscillant constamment entre sa valeur d’archive et son titre de collection.
En effet, l’accumulation de ce patrimoine photographique s’est développée au sein de diverses institutions muséales dès le début du siècle sans pour autant bénéficier des politiques de diffusion : les photographies ethnographiques étaient consultées moins pour leurs qualités esthétiques que pour leur valeur incontestée de documentation et de témoignage auprès des scientifiques. Avant d’entreprendre l’examen approfondi de cette collection, nous avons tenté dans un premier temps de restituer le contexte historique dans lequel s’est inscrite la création d’un département d’images au musée de l’Homme, et d’aborder la nature équivoque de ces photographies, sommées d’être parfaitement objectives par la rigueur scientifique mais tantôt téméraires dans leurs exigences artistiques inavouées.
Dans une seconde grande partie, nous avons fait l’analyse de la gestion de cette même collection par deux institutions : le musée de l’Homme et le musée du quai Branly, non pas tellement pour en juger de l’efficacité, mais bien davantage pour en interroger la nature, les fondements et les singularités.
Il ne s’agit pas tant de proposer une étude historique sur le développement de cette collection, mais bien davantage de considérer la façon dont la photographie ethnographique y a été envisagée, en examinant les principales missions de ces deux institutions.
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Le mutisme au cinéma
L’art est souvent perçu comme un moyen d’expression qui s’adresse délibérément aux sens, à l’intellect, et suscite des émotions. Dans cette optique, l’oeuvre invite le spectateur à vivre une expérience unique.
Au service de cette préoccupation, le cinéma dispose d’un ensemble d’outils de langage dont le mutisme fait partie. Le silence volontaire de la voix, en rompant avec les codes du cinéma classique dominant, permet une structuration de l’oeuvre cinématographique et peut véhiculer un impact émotionnel fort. Ce travail présente une étude du mutisme, comme élément d’expression du cinéaste. Après un recensement des formes qu’il peut prendre, nous proposons un guide pour comprendre pourquoi et dans quels buts le mutisme est utilisé.
Au coeur des enjeux de la création et de la perception des oeuvres, nous abordons enfin le mutisme à travers ses significations, ses effets émotionnels et la dualité oeuvre/spectateur qu’il révèle. En nous appuyant sur des séquences que nous avons écrites et réalisées, nous invitons à la réflexion sur les enjeux de l’utilisation du mutisme.
Notre travail expérimental s’est ici particulièrement attaché aux conséquences de l’utilisation du mutisme sur la narration, la mise en scène, la construction de la bande sonore, et aux effets sur le spectateur. Ce travail théorique et expérimental est finalisé par une réalisation : un court-métrage basé sur une raréfaction de la parole au profit d’autres éléments d’expression accompagne donc la présentation de ce mémoire.
Désireux d’apporter quelques repères sur un élément de langage du cinéma encore assez peu étudié, nous retenons avant tout une idée fondamentale et récurrente : l’absence volontaire de parole, le mutisme, apparaît comme un révélateur, révélateur de soi, de l’autre, révélateur formel, émotionnel, révélateur de sens.
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Cinéaste et photographe
Les images d’Etienne Jules Marey qui s’étendent désormais sur les baies vitrées de la nouvelle cinémathèque célèbrent un indéniable précurseur du cinéma. Mais ces clichés qui se succèdent, décrivant pour la première fois le mouvement d’un corps humain en marche, ne font pas date comme l’invention du cinéma, qui viendra un peu plus tard avec l’appareil des frères Lumière.
Et pourtant ce ne sont plus tout à fait des photographies que nous voyons, car elles dépendent d’un même mouvement et sont insignifiantes dès qu’elles sont isolées les unes des autres. Le cinéma n’en reste pas moins ces photographies qui se projettent à toute allure sous nos yeux. Ce positionnement assez flou entre ces deux arts pourrait se formuler ainsi : où commence le cinéma et où se termine la photographie ? A partir de quand franchit-on le seuil du cinéma : quand l’alliance des images fixes commence à former une narration, un récit, ou bien quand l’oeil humain commence à percevoir un mouvement fluide dans ce défilement de photogrammes? Mais je ne sais pas si ce mémoire apportera une réponse à cette interrogation. J’ai fini par m’écarter de cette question, qui se résume finalement à une question de définition, pour me diriger vers une autre problématique plus personnelle. Plutôt qu’une question de définition, je désirais m’intéresser à une question de démarche.
La volonté de faire des images photographiques était-elle différente de la volonté de faire des films ? C’était là, pour moi, que s’arrêtait la photo et commençait vraiment le cinéma, dans un questionnement sur le « comment voir et comment montrer ». Et je me demandais enfin s’il existait vraiment une frontière ou s’il n’y avait qu’un état d’esprit. J’ai ainsi toujours pratiqué indifféremment ces deux techniques pour aborder un sujet, quel qu’il soit, me souciant apparemment peu de l’outil que j’avais entre les mains. Seul comptait pour moi la nécessité de faire des images. Seul comptait pour moi la tentative d’approcher le réel. Ce mémoire est donc le lieu d’une recherche forcement restrictive et arbitraire car uniquement motivée par des réflexions personnelles. Il me faut donc, dans un souci de compréhension, exprimer mes conceptions de cinéma pour qu’on puisse saisir le point de départ de cette recherche. J’essaierai d’être bref dans ces évocations quelque peu biographiques en espérant ne pas sombrer dans la prétention.
D’une nature timide, je n’ai jamais été très doué avec la réalité et avec la communication, qui m’ont toujours paru complexes et émotionnellement très fortes. Les individus et leurs actions m’ont toujours paru très dures à saisir, comme si je soupçonnais quelque chose que je ne pouvais pas comprendre. Heureusement j’ai découvert la photographie à l’adolescence et j’ai voulu, plus tard, faire des études de cinéma. Car j’ai toujours été subjugué par la réalité et ses multiples représentations. Mais pendant qu’un laps de temps se déroule, je ne suis pas capable de saisir l’événement dans son ensemble, de « voir » ce qui se déroule sous mes yeux. Je suis trop proche de l’instant, qui est trop remarquable et anodin à la fois. Le temps qui passe ne me laisse pas le loisir de « voir » ce qui m’entoure. Disons en d’autres termes que je « vois » mal.
La photographie et le cinéma me permettent de souligner cet instant et de le revivre. La réalité peut désormais surgir. Le temps repasse. Les détails et les rouages des relations apparaissent. Je peux enfin voir et comprendre le moment qui s’est déroulé. De la même façon que l’on se repasse un extrait de film pour voir de quelle façon il est découpé et mis en scène, la table de montage et la planche-contact me permettent de voir comment la réalité s’est elle-même mise en scène et comment les acteurs de la vie réelle se sont eux-mêmes dirigés. Tout devient (relativement) plus clair. Au moment de la prise de vue je ne fais toujours que soupçonner quelque chose de beau ou d’important, comme une image inconsciente, mais je ne la « vois » pas, je ne la verrai qu’une fois l’épreuve tirée. Je prendrai comme exemple mon documentaire de seconde année intitulé une enfance, pour lequel je suis retourné dans l’internat dans lequel j’ai passé 4 ans.
En préparation du film, j’ai réalisé de nombreuses photographies, notamment des portraits des différents adolescents qui allaient être les sujets du film à venir. Pour autant je ne considère pas ces photographies comme des repérages au documentaire, mais bien comme des objets à part entière, qui expriment des émotions différentes ou du moins d’une manière différente et complémentaire. Mais dans les deux cas, j’ai voulu retrouver des sensations de l’enfance que je ne ressentais pas comme explicites dans ce que j’ai filmé ou photographié pendant le tournage, mais que j’ai retrouvées avec bonheur dans le matériel obtenu, encore une fois la planche-contact ou les rushes.
En quelque sorte ces outils ont été les révélateurs de ce que j’étais venu chercher, ces émotions d’enfance qui avaient guidé l’appareil photo puis la caméra.
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La représentation des mutations de l’espace urbain dans la photographie européenne contemporaine
Représenter les mutations, les transformations, les changements de l’espace urbain est une problématique contemporaine de l’apparition de la photographie, dans la mesure où c’est à partir du XIXe siècle qu’une pensée définie sur la ville et ses restructurations émerge. De Charles Marville à Bernd et Hilla Becher en passant par Atget et Walker Evans diverses personnalités et toute l’histoire du médium mettent en place un style documentaire afin de traiter du sujet.
Cette problématique revient à l’honneur dans les années 1980 en Europe. En effet, suite à la commande notamment de la Mission de la Direction de l’Aménagement du Territoire et de l’Aménagement Régional (DATAR), la photographie se voit attribuer une place importante dans la mise en place d’une documentation visuelle autour de l’espace, et notamment de l’espace urbain, et ainsi un rôle conséquent dans la pensée de cet espace et de ses aménagements. C’est sur cette période que porte principalement notre propos. Comment représenter les mutations de l’espace urbain, qu’elles soient imperceptibles ou radicales? Plusieurs propositions vont coexister. Cette mission ouvre le champ à différents vocabulaires, et différentes approches pour appréhender les transformations du territoire en général, urbain en particulier.
Ainsi après avoir défini le sens des termes espace urbain et mutation, et effectué un rappel historique de leurs liens avec la photographie, nous étudions les problématiques du temps et de l’espace dans une esthétique documentaire établie, qui par le biais de la confrontation des époques ou celui d’un suivi dans le temps, et au travers d’une certaine distance, nous renseigne, d’une manière moins neutre qu’il y paraît, sur ces mutations. Enfin nous verrons comment certains photographes se détachent de la notion même de documentaire pour évoquer le tissu urbain et ses transformations d’une manière autre, plus théâtrale, onirique, ou encore utopique. En partie pratique, les questions liées à ces transformations seront déclinées suivant une double approche.
Les changements sont-ils visibles dans un temps court? Comment montrer la mutation en une image « symbolique », ou encore symptomatique ? C’est en s’attachant à un quartier du XVIIIe arrondissement de Paris actuellement en cours de réaménagement et en travaillant sur un îlot dénommé « Nord – Emile Chaine ».


